Traduction œcuménique de la Bible

Publié le 03 1

C'est en 1975-1976 qu'est parue, pour la première fois, la Traduction œcuménique de la Bible, dite "TOB". Quelles furent les joies et les difficultés de cette tâche ? Dominique Barthélemy et Samuel Amsler, professeurs honoraires d'Ancien Testament aux Facultés de théologie de Fribourg (catholique) et de Lausanne (protestante), nous font part de leurs expériences.

La TOB, un signe de communion entre les Églises

 

Expliquez-nous comment le projet d'une traduction œcuménique de la Bible a commencé.

D. Barthélemy : L'initiative est venue des Pères dominicains qui, pour mener à bien la révision de leur "Bible de Jérusalem", avaient sollicité la collaboration d'exégètes protestants. Les premiers essais en commun révélèrent rapidement l'insuffisance d'une révision et la nécessité de reprendre le travail à la base. Pour devenir vraiment œcuménique, une nouvelle traduction s'imposait. C'est ce que comprirent les dominicains qui, tout en poursuivant eux-mêmes la révision de leur Bible, proposèrent aux Sociétés bibliques de mettre en chantier ce qui allait devenir la Traduction œcuménique de la Bible

S. Amsler : Le projet TOB est venu au moment où les Sociétés bibliques, elles aussi, envisageaient de réviser la traduction de Louis Segond, Bible de référence dans les milieux protestants. Ce projet ne fut pas abandonné mais aiguillé vers une petite équipe, qui réalisa ce qu'on appelle "la Bible à la Colombe" J'ai quitté moi-même ce travail de révision pour rallier le projet TOB, estimant qu'il était plus important et plus urgent d'œuvrer à une traduction commune.

D. Barthélemy : Nous avions décidé de commencer par le plus difficile, soit la traduction de l'épître aux Romains, dans l'idée que si nous parvenions à un accord concernant ce texte, le reste pourrait suivre ! Ce fut un très grand travail d'équipe, couronné de succès : nous avons découvert qu'il était possible d'élaborer une traduction et des notes en commun, sans division ! L'ensemble de l'ouvrage fut approuvé par tous, même si quelques rares annotations ont présenté deux options différentes.

Et, pratiquement, quelle était votre démarche ?

S. Amsler : Pour chaque livre biblique, nous formions des équipes de deux, un protestant et un catholique, travaillant étroitement ensemble, sauf pour les Psaumes et l'épître aux Romains, où nous avons collaboré selon une "formule large".

Etait-ce la toute première traduction œcuménique ?

S. Amsler : L'idée d'une présentation œcuménique a déjà germé à l'époque de la Réforme. Le théologien catholique français Richard Simon avait fait une tentative dans ce sens, au XVIIe siècle... On peut relever un autre essai en France, sans suite, au XIXe siècle.

Comment expliquer que le monde francophone ait été l'initiateur ?

D. Barthélemy : La France avait un avantage par rapport aux autres pays. La traduction "King James", par exemple, est typiquement liée à la Réforme anglaise. Elle jouit donc d'une grande valeur culturelle, de même que la Bible de Luther en Allemagne. Par contre, du fait de sa dominante catholique - qui impliquait l'usage exclusif de la Bible en latin -, la France n'a pas eu de Bible en langue courante qui aurait pu s'imposer dans tout le pays, ni de traduction officielle marquée par l'une ou l'autre des deux confessions. La place était donc libre pour une telle entreprise.

A quoi attribuez-vous ce bon déroulement du projet ?

D. Barthélemy : J'en citerai trois. Premièrement, les conditions de succès d'une coopération biblique étaient réunies à ce moment-là, ce qui n'était pas le cas pour la génération précédente. Deuxièmement, le nombre d'exégètes de langue française comptait autant de protestants que de catholiques ; ce n'était pas le cas dans d'autres langues. Et troisièmement, parce qu'ils participaient déjà aux mêmes congrès, les collaborateurs de la TOB se connaissaient bien. En outre, je mentionnerai l'accord de 1968, conclu entre l'Alliance biblique universelle et le Secrétariat romain pour l'unité des chrétiens, sur le principe d'une édition œcuménique de l'Ecriture. C'est cet accord qui a structuré de façon définitive la possibilité d'un travail en commun.

Vos motivations personnelles pour ce travail interconfessionnel ?

D. Barthélemy : La perspective missionnaire ! En effet, comment nous, chrétiens, pourrions-nous prétendre exercer une mission en présentant des Bibles différentes ? Et si chacun déclare que sa Bible, "c'est la vraie" ? Ces versions différentes de l'Ecriture suffisent pour affaiblir le témoignage. L'idée de présenter un livre œcuménique atteste d'une communion entre les Eglises et entre les chrétiens.

S. Amsler : Notre objectif était également d'atteindre l'ensemble du monde francophone. La TOB représente une sorte de plate-forme commune en Afrique, en Asie et en Océanie.

Parlez-vous des joies du travail en commun ?

S. Amsler : La plus grande joie fut celle de rencontrer les collaborateurs ! Au cours de nos sessions, organisées dans des collèges ou dans des monastères, nous nous retrouvions autour du même travail, avec un livre à traduire par équipe de deux. Ce fut une riche expérience. En fin d'après-midi, une séance générale réunissait les collaborateurs, leur permettant de résoudre en commun les problèmes rencontrés (traduction, vocabulaire, etc.). Je me souviens d'interminables discussions à propos de la transcription du nom de Dieu en hébreu, le "tétragramme" YHWH. Traditionnellement, il était traduit par "l'Eternel" pour les protestants et par "Yahvé", nous les avons abandonnés pour les remplacer par "le SEIGNEUR". Ainsi, nous nous ralliions à la traduction de la "King James" et de la Bible de Luther, et, bien avant, à celle de la Septante.

L'expérience de la TOB est-elle un facteur de communion entre exégètes et, plus largement, pour l'Eglise ?

D. Barthélemy : Entre exégètes, c'est l'évidence même. Je pense que cette communion existait déjà avant, mais ce travail a été le signe d'une nouvelle étape. Au niveau des structures de l'Eglise, la TOB a joué un rôle fondamental : n'est-ce pas merveilleux d'avoir une Bible commune pour nos liturgies ? D'ailleurs, la traduction liturgique catholique n'est autre qu'une révision de la TOB.

L'Eglise orthodoxe a-t-elle participé à l'élaboration de la TOB ?

D. Barthélemy : Oui, mais elle s'est heurtée à deux obstacles. Le nombre d'exégètes orthodoxes de langue française était beaucoup plus restreint que celui des catholiques ou des protestants ; en plus, les traducteurs de la TOB avaient pris comme base de traduction le texte hébreu, alors que les orthodoxes traditionnellement, se basent sur la Septante (version grecque de l'Ancien Testament).

S. Amsler : La collaboration des orthodoxes, un peu théorique il est vrai, a été effective en ce qui concerne l'Ancien Testament. Mais les problèmes ont surgi lorsqu'ils ont découvert que l'introduction à l'Evangile de Jean mettait en question la thèse traditionnelle de l'Eglise orthodoxe, selon laquelle cet Evangile a été écrit réellement par "le disciple que Jésus aimait". Cette différence a risqué de causer leur départ. Ce fut un moment difficile, mais, passé cet obstacle, les orthodoxes ont décidé de faire route avec nous. Ils ont ensuite participé à la réalisation de la concordance de la TOB.

Pour revenir à la TOB et à son rôle dans le monde francophone, êtes-vous satisfaits de sa diffusion ?

S. Amsler : Une fois la révision de 1988 mise au point, les institutions qui soutiennent la TOB ont continué à collecter des fonds pour une diffusion gratuite dans toutes les institutions théologiques du monde francophone. Plusieurs dizaines de milliers de bibles ont ainsi été envoyées dans les facultés théologiques, les écoles pastorales, les séminaires, pour contribuer à la formation des responsables d'Eglise.

Comment a-t-on accueilli la TOB dans les Eglises ?

S. Amsler : L'accueil des Eglises protestantes a été positif. Il est maintenant devenu courant que les familles possèdent une TOB, à notes intégrales ou à notes essentielles (édition avec introductions réduites et notes portant sur les difficultés du texte, réalisée par les Sociétés bibliques en accord avec les Editions du Cerf). Les catholiques semblaient quelque peu déçus de la traduction des Psaumes, qui sont, précisons-le, très bien composés dans la Bible de Jérusalem. Quelqu'un nous a dit : "Mais vos Psaumes, c'est plat ! " Certes, notre traduction ne prétend pas faire de la bonne poésie… mais notre principe premier était de nous en tenir rigoureusement au texte hébreu. Ce sont surtout les chrétiens dits "évangéliques", fortement attachés à la Bible Segond, qui ont exprimé leur réticence.

D. Barthélemy : Mais rappelons-nous que cette Bible fut, elle aussi, un objet de contestation lors de sa parution ! Les lecteurs de la Bible d'Ostervald disaient que Segond avait pris trop d'initiatives… Dans l'histoire, il faut toujours franchir des seuils !

Et dans l'Eglise catholique ?

D. Barthélemy : A ma connaissance, la TOB n'a rencontré aucune difficulté. D'abord, les livres deutérocanoniques - appelés autrefois apocryphes par les protestants - sont très bien placés dans cette Bible : ils se trouvent entre la Bible hébraïque et le Nouveau Testament. D'autre part, les éditeurs et diffuseurs de la Bible de Jérusalem ont été également ceux de la TOB, d'où élimination du risque de concurrence commerciale.

S. Amsler : Nous avons modifié l'ordre des livres par souci de fidélité à la Bible hébraïque et pour favoriser le dialogue avec les Juifs. Pour sécuriser les lecteurs, une petite liste des livres avec le numéro des pages correspondantes a été composée. En parlant de dialogue, la TOB a désiré soumettre quelques traductions à des lecteurs juifs. Ceux-ci ont suivi notre projet d'assez loin.

Parmi d'autres caractéristiques, la TOB offre un appareil de notes.

D. Barthélemy : Les notes ne sont pas une particularité de la TOB, puisque la Bible de Jérusalem en possède également. A mon avis, ce qui fait son originalité, c'est qu'elle corrige beaucoup moins l'hébreu que ne le faisaient la Bible de Jérusalem ou la Bible du Centenaire (version protestante) ou encore les traductions anglaises ou américaines actuelles. On est revenu à une fidélité au texte massorétique. L'ère de "la crête du grand optimisme" dans les corrections textuelles est terminée.

Avez-vous reçu certaines directives pour la traduction ?

S. Amsler : Nous avions, en tant que traducteurs, l'ordre de ne pas corriger le texte hébraïque tant qu'il était traduisible et compréhensible, et même si nous étions convaincus que certains passages avaient subi quelques accidents de copie. Afin de limiter le nombre des équivalences entre les mots du français et ceux de l'hébreu, un lectionnaire nous donnait un, deux, voire trois mots français pour un terme en hébreu. Si nous décidions de choisir une autre traduction, il fallait le signaler au coordinateur. Je dois avouer que peu d'entre nous, du côté protestant, avaient une expérience de traducteurs ; nous avons fait nos armes sur ce travail ! Notre principe était de chercher à comprendre ce que le texte lui-même avait à nous dire. Ce n'est pas en argumentant sur nos lectures traditionnelles que nous aurions trouvé des points communs !

Les lecteurs de la TOB sont-ils différents des lecteurs de la Bible en français courant ?

S. Amsler : Il s'agit plutôt d'un seuil de lecture différent. La Bible en français courant, d'accès plus facile, est généralement offerte aux catéchumènes ; elle est même utilisée fréquemment lors des prédications. Il y a là un effort pour mettre le texte à la portée de chacun.

D. Barthélemy : Les Allemands et les Anglais ont également édité des Bibles pour une compréhension facilitée du langage. Le vocabulaire est limité, la syntaxe simplifiée. Cependant, il est dangereux de prendre ces bibles "facilitantes" comme base pour une traduction ! Il est nettement préférable d'apprendre directement l'hébreu, en évitant de passer par des traductions.

S. Amsler : A ce sujet, beaucoup de traducteurs de la Bible, en Afrique notamment, ont accueilli la TOB comme point de départ pour des retraductions, parce qu'elle est très proche du texte d'origine.

Quel avenir espérez-vous pour la TOB ?

S. Amsler : Les demandes en provenance des institutions théologiques d'Afrique et d'ailleurs dans le monde francophone sont toujours plus nombreuses. La traduction TOB est un instrument indispensable et irremplaçable pour un enseignement théologique moderne. Ses notes sont aujourd'hui traduites dans de nombreuses langues et les demandes continuent à affluer. C'est dire si leur qualité et si l'originalité de leur démarche sont encore appréciées !

 

 

 

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