s.

sang

Le sang fait son apparition dans les Ecritures avec le récit du meurtre d’Abel, Abel étant lui-même présenté comme l’auteur du premier sacrifice animal (Gn 4.1-11). Le sang d’Abel, versé par son frère Caïn, crie vers Dieu pour réclamer vengeance (cf. Jb 16.18s). L’épître aux Hébreux lui opposera un autre sang (celui de Jésus) qui parle mieux que celui d’Abel (Hé 12.24; cf. 11.4; voir aussi Ap 6.9s). Dès ce premier exemple il est clair que le sang est associé dans toute la Bible à un symbolisme très riche, qui évoque un réseau complexe de relations entre la vie et la mort.

 

Dans l’Ancien Testament, le sang est désigné par le mot hébreu dam, qu’on retrouve sous des formes très proches dans toutes les langues sémitiques et dont l’étymologie se perd dans la nuit des temps. Dans le texte biblique, les jeux de mots sont fréquents entre ce terme et ceux qui signifient homme (’adam, Gn 9.6), terre (’adama,Gn 4.10s) ou rouge (’dm Es 1.18; cf. aussi la vache rousse, ’adoumma, brûlée avec son sangdans la préparation de l’eau lustrale, Nb 19.2,5). Si les emplois plus ou moins figurés du mot damsont multiples, on remarquera que, contrairement à l’usage français du mot sang, il n’évoque jamais la parenté (ce sont les os et la chair*qui remplissent cette fonction, Gn 2.23; 29.14; Jg 9.2; 2S 19.13s). De ce fait, il représente surtout la vieet la mortde l’individu, humain ou animal.

 

Le pluriel de dam (damim) s’applique toujours au sang versé, en général à l’occasion d’un meurtre, et à la culpabilité qui s’ensuit et qui menace à son tour la vie de l’homicide (Es 1.15n; cf. 2S 16.8; 1R 2.5,32s). Mais le singulier peut être employé d’une façon tout à fait analogue (ainsi pour le sang répandu en Gn 9.6; Ez 18.10, qui souille les mains du meurtrier en Es 59.3 et qui le poursuit en Ez 35.6; Pr 28.17; cf. Jr 26.15; 51.35). Le sang de la victime retombeou revientsur la tête de celui qui est, à divers titres, responsable de sa mort (Jg 9.24; 2S 3.28s; 1R 2.37; Jon 1.14; cf. Mt 27.25). On précisera souvent que cette « justice » concerne le sang innocent ou le sang de l’innocent(Dt 19.10,13; 21.9; 1S 19.5; 2R 21.16; 24.4; Es 59.7; Jl 4.19; Ps 106.38). Car le sang de quelqu’un peut aussi bien être sur sa tête(2S 1.16; 1R 2.37; cf. Ac 18.6n), ce qui signifie qu’il est responsable de sa propre mort et que nul autre ne peut être tenu pour coupable. A l’occasion le sang peut être, comme l’épée (Jr 27.8; Ez 26.11), synonyme de « guerre » (Ez 5.17). Il fournit d’ailleurs une foule d’images au vocabulaire guerrier (Nb 23.24; Ps 58.11; 68.24), l’une des plus saisissantes étant celle de la vendange (Dt 32.42s; Es 49.26; 63.2s; Ez 39.19; Jl 4.13) où l’on fait couler le sang des raisins(Gn 49.11; Dt 32.14).

 

De tout temps, hommes et femmes n’ont pu manquer d’être frappés par la vue du sang répandu à l’occasion d’une blessure, mortelle ou non, ainsi que dans le cycle du corps féminin et lors de l’accouchement. Rien d’étonnant donc à ce que le sang occupe dans la Bible une place symbolique centrale, participant à la fois de l’impuret du sacré. D’une part le sang associé à la sexualité féminine et à la naissance rend impur (Lv 12.2ss; 15.19ss; 18.19; cf. Es 64.5; Ez 16.6,9), et le sang versé lors d’un meurtre souille la terre (Nb 35.33; Ps 106.38) aussi bien que le meurtrier (Es 59.3; Lm 4.14). D’autre part le sang représente la vie, qui appartient à Dieu et que celui-ci réclame comme son bien propre (Gn 9.5; Ps 9.13; 72.14). Il le réclame d’ailleurs, en principe, non seulement au meurtrier volontaire, mais aussi à celui qui est involontairement (Nb 35.16ss) ou indirectement (Ez 3.16-20; 33.1-6) responsable d’une effusion de sang. C’est dans ce cadre qu’intervient la figure du rédempteur (hébreu go’el, voir rédemption*) ou vengeur du sang (Nb 35.9ss; Dt 19.6; 2S 14.11), le plus proche parent de la victime, qui a le droit et le devoir d’offrir compensation pour le sang de la victime, de le couvriren quelque sorte (cf. Gn 37.26; Ez 24.7; Jb 16.18) en versant à son tour le sang du coupable, du moins dans les limites que lui prescrit la loi (Gn 9.6; Nb 35.16ss,31ss; noter la nécessité d’un rituel substitutif en cas de meurtre dont l’auteur est inconnu, selon Dt 21.1-9). Dieu lui-même s’assigne quelquefois un rôle analogue (2R 9.7).

 

Le sang est l’objet d’un interditalimentaire(cf. 2S 23.17) que la loi énonce à maintes reprises et qu’elle motive diversement (Lv 17.10ss; Dt 12.16,23), l’associant à l’occasion à la graisse comme portion de l’animal réservée à Dieu (Lv 3.17; 7.25ss; cf. Ex 23.18; 2S 1.22; Es 1.11; 34.6s; Ez 44.7,15; Ps 50.13). Dans certains cas il semble que tout sang d’animal abattu revienne à Dieu en s’écoulant et constitue ainsi un sacrifice (Jg 6.20; 13.19; 1S 6.14), dans d’autres l’abattage profane est soigneusement distingué du sacrifice (Lv 17.12s; Dt 12.23s). Il se peut que l’expression traduite par manger au-dessus du sang (Lv 19.26; 1S 14.32nss; Ez 33.25) ne signifie rien d’autre que la consommation d’un animal avec son sang, c’est-à-dire non saigné; mais il se peut aussi qu’elle désigne un rite particulier condamné par le texte biblique. Quoi qu’il en soit, la Genèse fait remonter l’interdiction de manger le sang à Noé (Gn 9.4-6), c’est-à-dire avant même l’institution de la circoncision* (Gn 17). Ce qui la range, selon une interprétation juive traditionnelle, parmi les commandements qui s’appliquent non seulement à Israël, mais à toutes les nations. Cela peut expliquer pourquoi cet interdit sera repris — et non pas la circoncision — à l’intention des chrétiens non juifs dans le décret apostolique des Actes des Apôtres (15.28ss; 21.25), qui définit un modus vivendi pour les différentes composantes de l’Eglise* primitive.

 

Surtout, le sang est au centre du système sacrificiel. Selon les théologies du sacrifice les plus élaborées, le sang dont le prêtre asperge l’autel selon divers procédés (Ex 29.16,20; Lv 1.5n,11,15; 4.6n,25ss; 16.14ss) symbolise laviede l’animal, et peut-être aussi celle de la personne qui offre le sacrifice. Dans le sacrifice pour le péché,c’est par le sang que s’effectue l’expiation* qui sauve la vie du pécheur (Lv 17.11; cf. Hé 9.7,12s,22s,25; 10.4; 13.11). Le terme qui fait pendant à dam pour définir l’équivalence « sang = vie » n’est pas le mot hayyim, qui est le plus couramment rendu par vie, maisnéphesh(Lv 17.11,14; Dt 12.23), qu’on a longtemps traduit par « âme » et qu’on pourrait aussi bien rendre par « être » (cf. Gn 1.20n). En Ez 3.16ss; 33.1ss, néphesh et dam sont presque interchangeables — à ceci près qu’on parle de néphesh pour la vie sauve et de dam, de sang, pour la vie perdue. Toutefois, le rôle symbolique du sang ne saurait se réduire à cette équivalence. Le sang a aussi une valeur protectricedans des récits où la notion d’expiation ne joue pas un rôle évident, par exemple dans le rite de la circoncision (Ex 4.24ss) ou dans celui de la Pâque (Ex 12.7ss,13,22s; cf. Hé 11.). Malgré sa couleur, il lave;bien qu’il puisse rendre impur, il purifie(Lv 14.4ss,14,25,49ss; cf. Ex 29.20s; voir aussi 1Jn 1.7; Ap 1.5n; 7.14) — d’un péché ou d’une impureté qui, d’ailleurs, est occasionnellement figuré par la couleur du sang (Es 1.18). Par ailleurs, le sang de l’alliance*(Ex 24.8; cf. Mc 14.24//; 1Co 11.25; Hé 13.20) semble avoir une fonction d’authentification ou de validation dans la conclusion des traités (Ex 24.3ss; Hé 9.18ss) où, selon l’ambiguïté foncière de son symbolisme, il peut signifier aussi bien le lien qui unit désormais la viedes parties concernées (cf. Za 9.11) que la peine de mortencourue en cas de violation de l’alliance (cf. l’autre rite consistant à couper en deux les animaux sacrifiés et à passer au milieu, selon Gn 15.10,17; Jr 34.18ns).

 

Dans le Nouveau Testament, c’est le terme grec haima (qui a donné « hématome », « hémorragie », etc.) qui est traduit par sang. Par une évolution du langage repérable dès le Siracide* (14.18; 17.31), le sang s’associe à la chair* dans le grec comme dans l’hébreu du monde juif pour désigner l’humain et ses limites (Mt 16.17n). Comme c’est déjà le cas dans la Sagesse* (7.1s), son rôle dans la sexualité, la gestation et la naissance se précise (Jn 1.13n).

 

La plupart des éléments symboliques associés au sang par l’Ancien Testament se retrouvent dans le Nouveau Testament, qui s’intéresse avant tout au sang versé de Jésus-Christ, c’est-à-dire à sa mort violente — on notera que la crucifixion est en fait un supplice peu sanglant (cf. Jn 19.34). Bien sûr, le sang de Jésus est déclaré juste ou innocent, comme celui de nombreux autres personnages de l’Ancien Testament, en particulier les prophètes (Mt 27.4,24n; Ac 5.28; cf. Mt 23.30,35; Lc 11.50s; Ap 16.6; 17.6; 18.24; 19.2). Mais surtout, on retrouve une bonne partie des interprétations de la mort de Jésus (voir le tableau p. {0000Xmortjc}) dans les références multiples au sang du Christ. Ainsi le sang de Jésus fait l’expiation* des péchés* (Rm 3.25), il purifie* (Hé 9.14; 1Jn 1.7), il procure rédemption* ou libération comme celui de l’agneau pascal (1P 1.18s; Ap 5.9; voir aussi Ep 1.7), il scelle une alliance* (Lc 22.20); mais aussi, de façon plus originale par rapport à l’Ancien Testament, il justifie* (Rm 5.9), donne la paix* (Col 1.20) et ouvre l’accès à Dieu (Hé 10.19; cf. Ep 2.13). Un développement particulier apparaît dans le rituel de la Cène (Mc 14.23ss//), où le sang du Christ est représenté par la coupe de vin (« le sang des raisins », n 49.11 ; Dt 32.14) partagée par les disciples (1Co 10.16; cf. Jn 6.53ss).

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