S.

Samaritains

En 1 Rois 16.23-28, l'origine du nom Samarie(en hébreu Shomrôn) est associée à un certain Shémer, à qui Omri, roi d'Israël (886-875 av. J.-C.), avait acheté la colline qu'il fortifia vers 880 av. J.-C. pour y bâtir une ville. Samarie fut désormais la capitale d’Israël(le royaume du Nord, cf. 1R 12//) à la place de Tirtsa, qui avait été au moins partiellement détruite (1R 16.17s; voir cependant 13.32). Ce fut une cité somptueuse, rivalisant avec Damas: on y a découvert de grandes richesses, en particulier de célèbres ivoires (cf. 1R 22.39; Am 3.15; 6.4; Ps 45.9). Le nom de la ville en vint à désigner tout le pays, et plus spécialement la région montagneuse (cf. Jr 31.5) du centre du royaume d’Israël (2R 17.26; 18.34s; Es 36.19; Ab 19).

 

Si les occurrences du nom Samarie sont nombreuses, un seul texte de l'Ancien Testament (2R 17.29) parle de Samaritains (en hébreu Shomronim), désignant des habitants de la région de Samarie qui ont bâti des sanctuaires (voir haut* lieu) en vue d'un culte idolâtre (v. 34-40). Le contexte les associe à des étrangersque Salmanasar V, le roi d'Assyrie (726-722 av. J.-C.), fit venir de Babylone, de Kouta (d’où le nom de Koutéens parfois donné aux Samaritains par Josèphe* et dans les textes rabbiniques), d’Avva, de Hamath et de Sepharvaïm pour qu'ils habitent les villes de Samarie (v. 24-34,41). Des déplacements de populations analogues sont datés d’Asarhaddon (680-669) et d’Osnappar (Assourbanipal, 669-626) en Esd 4.2,9s. Ces textes ont en commun de signaler une nouvelle population caractérisée par un syncrétismereligieux.

 

Mais l’origine des Samaritains dont parle, bien plus souvent, le Nouveau Testament, et dont un petit reste a subsisté jusqu’à nos jours, est une question beaucoup plus complexe que ne pourraient le laisser croire ces seuls passages, dont le plus détaillé, celui de 2R 17, est visiblement polémique. Les exils consécutifs à la chute de Samarie en 722/1 av. J.-C. (2R 17.5s) n’ont sûrement pas été massifs au point de modifier considérablement la population de la région, qui est naturellement israélite. La preuve en est qu’à l’époque perse encore, les Juifs de l’île d’Eléphantine, en Egypte (voir temple*), consultent les autorités de Samarie sur des questions cultuelles. La remarque de Jn 4.12 reflète assez bien la conscience samaritaine au Iersiècle apr. J.-C., qui se rattache directement aux patriarches d’Israël, et tout particulièrement à Jacob.

 

Après avoir perdu son indépendance au VIIIesiècle av. J.-C., Samarie est devenue une capitale de provincedans l’empire assyrien; elle aura le même statut dans l’empire babylonienà partir de 612 av. J.-C. Si Juda a pu exercer ponctuellement une certaine influence sur le territoire de l’ancien royaume du Nord, surtout sous Josias (2R 23.15,19; 2Ch 30.1; 34.6,9; 35.18; voir aussi Jr 41.5), après la chute de Jérusalem en 587/6 c’est lui qui est passé sous le contrôle de Samarie. La même situation se perpétue dans le cadre de l’empire perse, lorsque les exilés de Juda reviennent à Jérusalem pour reconstruire le temple. D’où la tension bien compréhensible dont témoignent sans cesse les livres d’Esdras (4.8-24) et de Néhémie(2.9-20; 4.1-9; 6.1-14): un conflit oppose naturellement Samarie, la capitale administrative régissant le reste d’Israël qui n’a pas connu l’exil (voir encadré p. 524), et Jérusalem, le point d’ancrage de la colonie composée des anciens exilés, qui relève en principe de la juridiction de Samarie mais entretient aussi des relations indépendantes avec l’autorité centrale perse. Selon Esdras 4, les colons de Jérusalem excluent de la reconstruction du templeles « Samaritains » qui voulaient y participer; ceux-ci, en retour, feront obstacle à cette reconstruction. Au temps de Néhémie, la Judée obtiendra finalement son indépendance.

 

Selon Flavius Josèphe, Manassé, fils d’un grand prêtre Joïada, aurait épousé la fille d’un Sanballat, gouverneur de Samarie. Cela lui aurait valu d’être destitué et rejeté par la hiérarchie sacerdotale. C'est alors que Sanballat aurait fait construire un templepour son gendre sur le mont Garizim, au sud de Sichem (l’actuelle Naplouse). Bien que cette histoire rappelle des événements que Néhémie (13.28) situe au Vesiècle, Josèphe la date du IVesiècle av. J.-C., peu avant la conquête de la région par Alexandre le Grand. La chose n’est pas impossible, car les papyrus découverts au Ouadi-ed-Daliyeh, à une quinzaine de kilomètres au nord de Jéricho, ont montré que plusieurs gouverneurs de Samarie ont porté le nom de Sanballat, à diverses époques (cf. Né 2.10n). Quoi qu’il en soit, le fait est que le mont Garizim est depuis toujours un lieu sacré pour l’Israël du Nord (Gn 12.6n; Dt 11.29; 27.4n,12; Jos 8.30n-33) et qu’à partir du IIIesiècle av. J.-C. au moins les Samaritains ont centré leur vie cultuelle autour de ce lieu, qu’ils appellent également « Beth-El » (cf. 2R 17.28).

 

Au début de la période hellénistique (332 av. J.-C.), Samarie se révolta contre le gouverneur grec Andromachos, installé par Alexandre le Grand; elle fut sévèrement réprimée. Jean Hyrcan Ier, qui régna en Judée de 134 à 104 av. J.-C. (voir Maccabées*, Hasmonéens), consacra la rupture entre « Juifs » et « Samaritains » en annexant la Samarie et en détruisant en 128 av. J.-C. le sanctuairedu mont Garizim. Si l’on en croit les livres des Maccabées* (1 Maccabées 3.10; 2 Maccabées6.2), les Samaritains auraient pris fait et cause pour les persécuteurs séleucides des Juifs et auraient accueilli dans leur temple un culte hellénistique comparable à celui qu’Antiochos IV voulait imposer à Jérusalem. Vers la fin de son règne, Jean Hyrcan détruisit également la ville de Samarie, après une année de siège. Elle fut reconstruite au Iersiècle av. J.-C., puis considérablement agrandie et fortifiée par Hérode* le Grand qui, en l’honneur de César Auguste, lui donna le nom de Sébaste(Auguste = Sébastos en grec). La ville nouvelle fut peuplée en grande partie de non-Juifs, les Samaritains proprement dits se regroupant autour de leur centre traditionnel, Sichem. A partir de l’an 6 apr. J.-C., la Samarie fut rattachée à la Judée et à l’Idumée par l’administration romaine. Même si rien n’atteste l’existence d’un nouveau sanctuaire sur le mont Garizim avant l’époque d’Hadrien (117-138 apr. J.-C.), l'entretien de Jésus avec la Samaritaine laisse supposer qu'on y célébrait toujours le culte au Iersiècle apr. J.-C. (Jn 4.20n), peut-être en plein air. Aujourd’hui encore la communauté samaritaine célèbre la Pâque chaque année sur le mont Garizim.

 

Plus nettement encore que les sadducéens*, les Samaritains considèrent le Pentateuqueseul comme leurs Ecritures saintes (voir ci-après Smr*). Cependant tout porte à croire qu’il a existé parmi eux un courant comparable aux pharisiens*, suffisamment ouvert à d’autres textes pour adopter, par exemple, la croyance en la résurrection*. Les Samaritains se sont également distingués par des espérances particulières pour la fin des temps: ils attendaient notamment le rétablissement d’un culte idéal, signalé par la réapparition de la Demeureou tabernacle du désert et de ses ustensiles sur le mont Garizim. Ce rétablissement serait l’œuvre du ta‘eb, un restaurateur ultime comparable à l’Elie de Ml 3.21ss (cf. Dt 18.15ss; Jn 4.25n). Selon Flavius Josèphe, en 36 ou 37 apr. J.-C. Pilate a réprimé dans le sang un mouvement samaritain déclenché par un prophète qui avait annoncé l’imminence de l’événement; c’est à la suite des plaintes consécutives à cette affaire que Pilate perdit sa place (voir encadré p. 1290).

 

Les évangiles, tout comme Flavius Josèphe, se réfèrent souvent à l’hostilitéentre Juifs (surtout Judéens, mais aussi pèlerins Galiléens ou de la diasporase rendant à Jérusalem) et Samaritains (Lc 9.52ss; Jn 4.9; 8.48). Les Juifs regardent les Samaritains comme des étrangers(Lc 17.18). Déjà le Siracide* (50.26) les mettait au même rang que les Edomites et les Philistins en les appelant « le peuple fou qui habite à Sichem ». Hormis le récit de Jn 4, Jésussemble éviter la Samarie (Mt 19.1; Lc 17.11) comme le faisaient habituellement ses contemporains juifs, pour qui c’était effectivement, d’après certaines anecdotes rapportées par Flavius Josèphe, une région peu sûre. Il ordonne à ses disciplesde ne pas entrer dans les villes samaritaines (Mt 10.5).

 

Pourtant, dans les évangiles mêmes comme dans les Actes des Apôtres, un autre type de relation se dessine: de Jn 3.23n on pourrait déduire que le mouvement de Jean le Baptiseur a exercé une influence en Samarie; selon Jn 4 certains Samaritains se rallient àJésus; à contrepied des positions judéennes, Jésus cite des Samaritains en exemple(Lc 10.30ss; 17.16ss). Dans les Actes, l'Eglises’ouvre sans discrimination aux Samaritains (Ac 1.8; 8.5ss): ceux-ci ont part à l'Esprit saint au même titre que les autres croyants juifs (Ac 8.17); mais ce sera aussi le cas des non-Juifs (Ac 10—11).

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