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sadducéens

Au Ier siècle apr. J.-C. les sadducéensconstituent, selon le Nouveau Testament (Mt 3.7; 16.1,6,11s; Mc 12.18//; Ac 4.1; 5.17; 23.6ss) mais aussi selon Flavius Josèphe* et des écrits rabbiniques plus tardifs, l’un des principaux courants du judaïsme, aux côtés des pharisiens* et des esséniens (voir Qumrân*). Ils sont pourtant relativement mal connus dans la mesure où tous les textes qui parlent d’eux, chrétiens ou juifs, leur sont plus ou moins hostiles.

 

On rapporte l'appellation sadducéen (en grec saddoukaïos) au nom de Tsadoq (LXX* Saddouk), prêtre du roi David (2S 8.17; 15.24s,27,29,35; 17.15; 19.12) et descendant d’Aaron par Eléazar et Phinéas selon les généalogies sacerdotales (1Ch 5.29-34; 6.35-38; 24.3; cf. Nb 25.10ss). Tsadoq est l’ancêtre vénéré de la prêtrise de Jérusalem. La Bible explique cette position par la loyauté de Tsadoq envers David, et plus précisément par son attitude au moment de la succession du grand roi d’Israël. Contrairement à son rival Abiathar (rattaché généalogiquement à Aaron par Itamar selon 1Ch 24), qui a misé sur le perdant Adonias et s’est vu reléguer en conséquence loin de la capitale (1R 1; 2.26s,35), Tsadoq a en effet opté pour Salomon: sa famille sacerdotale, dès lors, se maintiendra à Jérusalem. C’est elle en tout cas qui bénéficiera de la centralisation du culte au temple sous Josias (2R 23; cf. Ez 40.46; 43.19; 44.15; 48.11; voir lévite*). Le grand prêtre Josué, au retour de l’exil à Babylone, est rattaché généalogiquement à Tsadoq (Ag 1.1; cf. 1Ch 5.40s), et de même Esdras (7.1ss; 8.2). Au début du IIesiècle av. J.-C., le grand prêtre Simon, dont le chapitre 50 du Siracide* fait l’éloge, est encore un sadocide (c.-à-d. un descendant de Tsadoq), et le texte hébreu du même ouvrage comporte (51.12) une louange à « celui qui a choisi les fils de Tsadoq pour qu’ils exercent le sacerdoce ».

 

Mais l’hellénisation forcée qui atteindra son point culminant sous le règne du Syrien Antiochos IV Epiphane entraînera la fin de la suprématie sadocide, qui reste un bastion du particularisme israélite: le dernier grand prêtre de cette famille, Onias III, le fils de Simon, sera déposé en 175 av. J.-C. et assassiné en 170. Après le succès de la révolte des Maccabées*, une autre famille de prêtres, les Hasmonéens, qui semble n’avoir à l’origine que de lointains rapports avec l’ancienne aristocratie sacerdotale de Jérusalem, va passer au premier plan. A partir de Jonathan Maccabée (152 av. J.-C.; cf. 1 Maccabées10.20s) elle se verra confier par le suzerain gréco-syrien l’office de grand prêtre, réunissant peu à peu dans ses mains les pouvoirs politique et religieux.

 

Quant au reste des sadocides, beaucoup ont quitté Jérusalem ou même la Judée: ainsi Onias IV, le fils d'Onias III, fonde la prêtrise du temple* juif de Léontopolis, en Egypte. Beaucoup s’enfermeront dans une oppositionradicale à l’établissement sacerdotal du temple (cf. Qumrân). D'autres finiront par s’allieraux Hasmonéens. En tout état de cause, ces derniers ne tarderont pas à revendiquer à leur tour la légitimitéassociée au nom de Tsadoq; ils parviendront même, dans une certaine mesure, à s’agréger à la généalogie sacerdotale de Jérusalem (1 Maccabées2.1; 14.29 les rattache à la lignée sacerdotale de Ioarib [= Yoyarib, Yehoyarib], dont le rang varie selon les textes; cf. Esd 8.16; Né 11.5,10; 12.6,19; 1Ch 9.10; 24.7).

 

Avec l’accession d’Hérode le Grandau pouvoir, sous la protection de Rome, en 37 av. J.-C., la dynastie hasmonéenne prend brutalement fin à son tour. Mais les grands prêtres nommés par Hérode sont peut-être eux-mêmes porteurs d’anciennes traditions sadocides exilées: ce pourrait être le cas du grand prêtre Boéthos, qui vient d’Alexandrie (dans les écrits rabbiniques, le qualificatif boéthusien alterne avec celui de sadducéen, dans un sens analogue). Quoi qu’il en soit, il est clair qu’à cette époque-là au moins — et peut-être déjà sous les Hasmonéens — on appelle sadducéensle parti des prêtresen fonctions à Jérusalem, en particulier ceux que l’on nomme les grands prêtres (Mt 2.4n) — à savoir le grand prêtre en exercice, ses éventuels prédécesseurs déposés (puisqu’il ne s’agit plus d’une charge à vie, cf. Jn 18.3n) et les représentants des grandes familles sacerdotales parmi lesquelles seront choisis ses successeurs (cf. Ac 5.17). Sans doute une bonne partie de l’aristocratie laïque(les « anciens », cf. Mc 8.31n) leur était-elle aussi alliée.

 

Il est particulièrement difficile de se faire une idée juste des croyancesdes sadducéens, puisqu’elles ne nous sont parvenues que caricaturées, sinon travesties, par leurs détracteurs. Selon Flavius Josèphe*, les sadducéens ne reconnaissent pas la loi oralechère aux pharisiens, c’est-à-dire l’essence de ce qui sera plus tard couché par écrit dans la Mishna(voir Talmud*). Leur usage des Ecritures place la Torah(le Pentateuque) nettement au-dessus des Prophètes et des Ecrits (voir l’introduction à l’Ancien Testament): on notera qu’en Mc 12.18ss// le débat entre Jésus et les sadducéens ne tire argument que de la Torah, qui seule paraît considérée comme vraiment normative. Du coup, comme le reconnaissent les sources rabbiniques, les sadducéens se montraient plus inflexibles que les pharisiens dans l’application de la Torah écrite, par rapport à laquelle aucun accommodement n’était possible, notamment dans le domaine rituel.

 

Les sadducéens semblent avoir été particulièrement réservés sur les nouvelles croyances populaires, portées par la littérature apocalyptique(voir les introductions à Daniel et à l’Apocalypse de Jean) et adoptées par les pharisiens, en particulier la croyance à la résurrection* (Mc 12.18//; Ac 4.2; 23.6ss; cf. Dn 12.2). Plus généralement, ils sont hostiles à tout système visant à compenser les injustices et les manques de la réalité par un « au-delà » ou un « monde à venir » où seraient distribués châtiments et récompenses. Par rapport à ces doctrines en vogue, les sadducéens s’en tiennent vraisemblablement à la lettre du Pentateuque. Ils restent attachés à la perspective israélite qui ne connaît qu’un seul monde, lieu de tout bonheur et de tout malheur, le séjour* des morts étant conçu d’une façon essentiellement négative (cf. Ps 6.6+; 115.17; la même conception domine encore le Siracide). Le livre de Qohéleth (ou l’Ecclésiaste) refléterait assez bien leurs vues. Selon Ac 23.6ss les sadducéens étaient également sceptiques en ce qui concerne les esprits* — les anges*, mais sans doute aussi les démons* — qui avaient pris une importance considérable dans la littérature apocalyptique et que la piété populaire discernait derrière un nombre croissant de phénomènes quotidiens. Selon Josèphe, les sadducéens n'accordaient guère de place à la providencedivine dans la marche du monde. Ils tenaient l'homme et son libre arbitrepour responsables de son sort. Tout cela vaudra aux sadducéens ou boéthusiens d’être assimilés aux « épicuriens », terme qui deviendra, dans les écrits rabbiniques, un simple synonyme d’« impies » ou d’« infidèles » (voir l’encadré p. 1280).

 

Si les sadducéens du Iersiècle se montrent naturellement conservateurs dans le domaine religieux, ils se sont plutôt ouverts à la culture gréco-romaine, conformément aux inclinations d’Hérode. Sur l’échiquier politique de la nation juive, ils apparaissent comme les alliés objectifs des Romains, pour autant qu’ils ont intérêt au statu quo. Puisque les évangiles désignent les grands prêtrescomme les principaux responsables juifs de la mort de Jésus, exécuté par les Romains (Mc 14—15//; voir aussi « Le grand sanhédrin de Jérusalem », p. 1312), il est plausible que le mouvement de Jésus ait été perçu, à Jérusalem, comme une menace pour l’ordre établi. De fait, les évangiles synoptiques* semblent établir une relation directe entre la condamnation de Jésus et son intervention dans le temple(Mc 11.15ss//), sur lequel les sadducéens avaient la haute main (Ac 4.1s; 5.17,24). L’importance accordée, au cours de la procédure, aux paroles relatives au temple (Mc 14.58//) pèse dans le même sens.

 

D’aucuns ont cependant cru déceler dans l’Evangile selon Jeandes vestiges d’une pensée sadducéenne: les anges y tiennent peu de place (1.51; 20.12), et les démons aucune, en dehors d’expressions clairement présentées comme populaires et inadéquates (7.20; 8.48s,52; 10.20s); à la croyance en une résurrection à venir, qui n’est pas niée, se surimpose la révélation d’une vie éternelle qui apparaît comme une réalité présente (5.21ss; 11.23ss); et le disciple bien-aimé était connu du grand prêtre... (18.15s). Mais on a aussi vu dans l’œuvre de Jean des traces d’essénisme (voir Qumrân*). Les sadducéens perdront toute leur influence dans le judaïsme après la destruction du temple en 70 apr. J.-C. Les textes ultérieurs, en droite ligne de la mouvance pharisienne, les décrivent comme des mécréants et les tiennent souvent pour responsables du malheur de Jérusalem.

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