p.

pur, impur

Dans l’Ancien Testament, pureté et impureté sont habituellement à entendre dans un sens rituelplutôt que moral, quoique la distinction entre ces deux domaines ne doive pas faire oublier leur lien originel.

 

En règle générale, les notions de pureté et d’impureté correspondent respectivement aux racines hébraïques thr et tm’(Lv 10.10; 11.47; 14.57; cf. 20.25; Ez 22.26; Jb 14.4; Ec 9.2). Elles s’opposent maintes fois comme le sacré et le profane(Lv 10.10; Ez 44.23, voir saint*, sainteté, sanctification), mais pureté et sacré ne sont pas pour autant identiques. A telle enseigne que d’aucuns ont cru pouvoir imaginer une relation contraire: ce seraient l’impur et le sacré, tous deux marqués par l’interdit, qui dériveraient d’une origine commune (ainsi l’interdit du sang* peut sembler, suivant les textes, relever de l’une ou de l’autre catégorie; et, selon Lv 16.4,24, le lavage des mains symbolisant la sortie de la sphère du sacré rappelle un geste de purification). Toutefois, dans les textes bibliques comme dans les civilisations étudiées par les anthropologues, le sacré et l’impur sont presque toujours diamétralement opposés: ils ne doivent surtout pas entrer en contact l’un avec l’autre. En particulier, le contact du sacré représente un danger de mort pour l’homme en état d’impureté (Lv 15.31; cf. 7.20s; 20.25s; 22.3ss).

 

Etymologiquement thr pourrait évoquer ce qui brille, ce qui est clair. Il peut décrire le bleu du ciel(Ex 24.10; Ps 89.45n; cf. Jb 37.21n) et qualifier l’or pur, c’est-à-dire raffiné (Jb 28.19; il a en ce sens plusieurs synonymes, qui sont eux-mêmes susceptibles d’emplois figurés, notamment dans le domaine moral; ainsi en Es 1.16; Jb 28.17,ou en 2S 22.21,25; So 3.9; cf. Es 1.25n). Mais l’usage de thr dans la description de la demeure de Dieu ou des objets cultuels peut aussi signifier leur pureté rituelle (Ex 25.11,17,24,29,31,38 etc.; 1Ch 28.17; 2Ch 3.4; 9.17; cf. Ps 12.7; voir aussi Ml 3.3).

 

Symétriquement, de nombreux termes renchérissent sur tm’ pour désigner l’impur, la souillure rituelle, voire le tabou. C’est le cas, entre autres, des mots dérivés de t‘b =abomination,abominable (Gn 43.32; 46.34; Dt 7.25; 14.3 ; 27.15; 1R 14.24; 2R 16.3; 21.2,11; 23.13; Es 1.13; 44.19; Jr 2.7; 6.15; 7.10; 16.18; 32.35; 44.4,22; Am 5.10; Mi 3.9) ou de shqts =horreur, horrible (Lv 11.9ss,20,23,43; Es 66.3; Jr 4.1; 13.27); nidda =souillure,peut désigner plus particulièrement les règles de la femme (Lv 18.19; 20.21), mais il n’est pas pour autant restreint au domaine sexuel (cf. Nb 19.9nss).

 

La pureté caractérise les personnes (Lv 7.19s; 22.4; Nb 9.13; 18.11,13; 19.9,18s; 1S 20.26; Es 35.8ss; 52.1; Esd 6.20s; Né 12.30; 2Ch 23.19; 30.17; voir par opposition Dt 12.15,22; cf. 15.22), notamment les prêtres* (Ex 29.4; 30.18ss; Lv 8—9; 16.4; 21.1ss,11s; 22.3ss; Ez 44.25ss), ou les choses (Ex 31.8; 37.29; 39.37; Lv 24.4,6; Es 66.20; Né 12.30,45; 13.9; 2Ch 13.11), notamment les offrandes(Gn 8.20; Dt 26.14n; Ml 1.11) et les lieux (Lv 4.12; 6.4; 10.14; Nb 19.9; 2Ch 29.16,18), qui peuvent être engagés dans un acte cultuel. Ce qui vaut pour le culte dans un sanctuaire vaut aussi pour d’autres activités considérées comme sacrées, par exemple la guerre (Dt 23.11nss; 1S 21.6).

 

La pureté se conçoit souvent comme une notion négative, dans la mesure où c’est comme absence d’impureté qu’elle se laisse le plus volontiers définir: elle est, dans le domaine rituel puis moral, ce que la propretéest à la saletédans le registre du quotidien. Mais on l’a aussi pensée de façon positive, comme un ordre sans cesse menacé par un désordrequ’il ne peut intégrer (témoin le rejet des malformations et autres défauts physiques permanents, comparable à celui de l’impureté provisoire, en Lv 21.17nss; Dt 17.1; et la description de l’impureté comme non-pureté, par exemple pour les bêtes qui ne sont pas puresen Gn 7.2,8; cf. Dt 23.11; 1S 20.26; 2Ch 30.17). La distinction théorique entre pur et impur, qui constitue l’une des principales responsabilités des prêtres (Ez 22.26; 44.23), a pour corollaire la nécessité pratique de leur séparation dans la réalité (Lv 10.10; cf. le rejet des mélanges en Lv 18.23; 19.19; voir aussi l’idéal du cœur un, en Ps 86.11 p. ex.). L’impureté se caractérise en effet par son pouvoir de contagion, bien plus systématique encore que celui du sacré (Ag 2.12ss): tout ce qui entre en contact avec quelque chose d’impur devient impur à son tour, au moins dans les conditions prévues par la loi (Lv 11.32ss).

 

La Bible connaît trois sources principales d’impureté rituelle (Nb 5.2s): 1) la sexualité, licite ou non, et la procréation (Gn 34.5,13,27; Lv 12; 15; 18.19ss; 20.10,15,18; 21.9; Dt 23.11; 24.4s; 1S 21.6n; 2S 11.4; Es 64.5n; Ez 16.7n; 22.10; cf. Lc 2.22s); 2) la mort et le deuil (Lv 21.11; Nb 6.6ss; 19.11ss; Dt 26.14; Ez 9.7; 39.12ss; en particulier dans le cas de pendaison-crucifixion, selon Dt 21.22s); 3) la maladie et en particulier la « lèpre » (Lv 13—14; 2R 5.10ss; le terme recouvre sans doute en fait plusieurs types d’affections de la peau, et même des moisissures susceptibles d’apparaître sur des vêtements, Lv 13.47ss, et des maisons, 14.34ss; cf. 13.2n). Mais bien d’autres choses ont dû aussi être considérées comme impures (p. ex. les excréments, Dt 23.14; Ez 4.12; Za 3.3n).

 

La loi du pur et de l’impur régit en particulier l’alimentation. Ainsi la loi qui distinguait les espèces d’animaux propres au sacrifice (Gn 8.20) définit aussi, avec certains aménagements, l’alimentation d’une personne rituellement mise à part (Jg 13.4,7,13s) et, finalement, celle du peuple de Dieu en général (Dt 14.3ss; cf. Lv 11; 22.25; Es 65.3ss; Ez 4.14; Os 9.4).

 

La législation sacerdotale prévoit différents rituels de purification, par lesquels celui qui s’est rendu impur peut redevenir pur. L’eau y joue en général un rôle important (Lv 11.32; 13.58; 14.7; 17.15; 22.6s; Nb 19.19; 31.23s; cf. Ez 36.25; Ps 51.4,9). Plus rarement, des traces de purification par le feusont également présentes (Nb 31.22s; Es 6.6). Y est associé parfois un rituel d’expiation* (Lv 14.10ss; cf. 16.30) ou un sacrifice pour le péché* (Nb 19.12n,19).

 

Pour autant qu’en Israël on n’adore qu’un seul Dieu, les autres dieuxet leur culte sont considérés comme impurs et cause d’impureté (Gn 35.2; Lv 18.21,24ss; 19.31; Dt 7.25; 27.15; Jos 22.17; Jr 2.23; 7.30; 13.27; 19.13; Ez 20.20,43; 24.13; 36.17; Os 5.3; 6.10; Ps 106.34ss,39). Ainsi une forte connotation d’impureté est également attachée au terme gilloulim, qui désigne les idoles, en particulier chez Ezéchiel (14.3ss; 20.7,18,31; 22.3s; 23.7,13ss,30,37ss; 36.18,25; 37.23). Il en va de même des pratiquescultuelles ou rituelles jugées illégitimes, même lorsqu’elles sont associées au culte de YHWH (Lv 18.3,31; 20.3; Dt 12.31; 18.9,12). Ce qui aboutit à une curiosité linguistique: rendre impur, c’est-à-dire impropre rituellement, un lieu de culte illégitime du point de vue du culte de YHWH revient, de ce même point de vue, à le purifier(comparer le récit de la réforme de Josias en 2R 23.8ss,16 et en 2Ch 34.3ss,8). Le paysdes autres dieux et ce qui s’y pratique est impur (Jos 22.19; Es 52.11; Os 9.3s; Am 7.17; cf. Mi 2.10). Mais la terre d’Israël aussi peut être rendue impure par des pratiques illégitimes (Nb 35.33s; Dt 21.22s; Jr 2.7; Ez 39.12; Esd 9.11), et cette impureté peut atteindre le sanctuaire ou temple*de YHWH (Lv 20.2s; Jr 7.30s; 32.34s; Ez 5.11; 9.7; Ps 79.1; 2Ch 29.16; 36.14; cf. Jr 19.13) et même son nom* (Ez 43.7s; cf. 20.9,14).

 

Comme la sainteté (qui lui est associée en Lv 11.44s; 16.19; 2Ch 29.15ss), la pureté prend fréquemment un sens moral, qui peut s’analyser comme une sorte de métaphore à partir de son sens rituel. C’est en particulier le cas chez les prophètes (Es 1.16; 6.5; Jr 33.8; Ez 36.33; Ha 1.13), mais pas exclusivement (Ps 18.21,25; 24.3s; 51.12; 73.1,13; Jb 4.17; 14.4; 17.9; cf. Jb 15.14; 25.4; voir aussi Ps 12.7; 19.8ss; Pr 15.26; 22.11). L’impureté devient alors une notion très proche du péché*, qui lui est souvent associé (Lv 16.16,19; 18.25; 22.9; Es 6.5,7; 64.5; Ez 14.11; 18.6,11,15; 23.49; 37.23; 39.24; Za 13.1s; Ec 9.2; Lm 1.8s; 4.15). A la frontière du rituel et du moral, le langage de l’impureté est utilisé pour décrire une conduite sexuelle illicite (Ez 18.6; 23.12ss), ou le recours à des normes faussées (Dt 25.16). Les aspects rituels et moraux sont à coup sûr inclus dans la pureté idéale qui caractérise l’accomplissement de l’espérance des fidèles (Ez 36.25ss; cf. 37.23).

 

Dans le contexte de l’exil(voir encadré p. 524) ou de la diaspora(voir encadré p. 1405), les lois de pureté rituelle auront pour fonction essentielle de distinguer les Juifs de ceux qui les entourent (Dn 1.8+,12; cf. Lv 20.24,26; 1R 8.53; Esd 6.21; 9.1; 10.11; Né 9.2; 10.29). Au IIesiècle av. J.-C., elles sont au cœur du conflit avec l’hellénisme syrien, qui voulait effacer la différence entre Juifs et non-Juifs (voir Maccabées*, Hasmonéens). Les règles de pureté juives n’en finissent pas d’étonner le monde grec, comme en témoigne encore vers 100 av. J.-C. cette remarque de la Lettre d’Aristée(§ 128; voir LXX* et « Une description de l’activité dans le second temple », p. 566): « J’ai l’impression, en effet, que la plupart des gens sont assez intrigués, dans la Loi, par la question des aliments, des boissons et des animaux considérés comme impurs par le rituel. »

 

Le souci de la pureté joue un grand rôle à Qumrân*, où la séparation entre pur et impur se fait plus exigeante (Ecrit de Damas 12.1s « Que nul ne couche avec une femme dans la ville du Sanctuaire, de peur de rendre impure la ville du Sanctuaire par leur souillure »). On sait l’importance sans précédent qu’y prennent les rituels de purification par l’eau (voir baptême*). Il faut noter qu’à la différence des ablutions prescrites jusque-là la purification n’est pas automatique (Règle de la Communauté3.4ss, à propos de celui qui n’est pas vraiment fidèle: « Il ne sera pas absous par les expiations ni purifié par les eaux lustrales ni sanctifié par les mers et les fleuves ni purifié par toutes les eaux de lavage. Impur, impur il sera tout le temps qu’il méprisera les ordonnances de Dieu, sans se laisser instruire par la Communauté de Son Conseil! Car... c’est par l’Esprit saint de la Communauté, dans Sa vérité, qu’il sera purifié de toutes ses iniquités... c’est par l’humilité de son âme à l’égard de tous les préceptes de Dieu que sera purifiée sa chair, quand on l’aspergera avec l’eau lustrale et qu’il se sanctifiera dans l’eau courante »; 5.13s : « Que l’impie n’entre pas dans l’eau pour toucher à la Purification des hommes saints: car on n’est pur que si l’on se convertit de sa malice. Car il est impur tout le temps qu’il transgressera sa parole! »).

 

Dans le même temps, la démarche du mouvement pharisien* vise à étendre — et doit en conséquence adapter — à la vie quotidienne de chaque individu, de chaque famille et de chaque communauté la pureté rituelle requise des prêtres au temple, celle qui exigeait d’eux une séparation du reste d’Israël (Nb 8.14; 16.19; Dt 10.8; 1Ch 23.13).

 

Dans le Nouveau Testament grec, la pureté est surtout exprimée par les mots apparentés à l’adjectif katharos(d’où sera tiré au Moyen Age le nom des « cathares », les « purs »). Celui-ci peut évoquer autant la propreté physique (Mt 23.25s; 27.59; Ap 15.6) que la pureté rituelle (Rm 14.20; Tt 1.15) ou morale (Ac 18.6; 20.26; 1Tm 3.9; 2Tm 1.3). C’est par opposition à lui que se définit l’impureté, akatharsia, dont l’emploi comporte souvent une connotation sexuelle (Mt 23.27; Rm 1.24; 6.19; 2Co 12.21; Ga 5.19; Ep 4.19; 5.3).Mais pur traduit aussi hagnos, apparenté à hagios, saint* ou « sacré », à l’origine réservé au domaine religieux quoique beaucoup plus général à l’époque du Nouveau Testament (2Co 7.11; Ph 4.8; 1P 3.2; 1Jn 3.3). Il peut aussi avoir le sens plus restreint de « chaste » (2Co 11.2; Tt 2.5). Le terme akéraïos, employé quelquefois dans un sens moral, s’oppose étymologiquement à la notion de mélange ou de duplicité (Mt 10.16n; Rm 16.19; Ph 2.15). Quant à la famille du terme koïnos (litt. « commun », apparenté au substantif habituellement traduit par communion), qui sert parfois d’antonyme à katharos, elle peut évoquer la souillure,mais aussi le caractère profane, désignant l’usage « commun » par opposition à l’usage cultuel (Mt 15.11n; Rm 14.14; cf. Ac 21.28; Hé 10.29). Cet emploi n’apparaît qu’à partir du premier livre des Maccabées*(1 Maccabées1.47,62 où il qualifie des sacrifices et des aliments), dans un contexte qui évoque la tentative infructueuse des hellénistes visant à établir une communauté ou une communion entre Juifs et non-Juifs au sein de la culture grecque, perçue comme universelle mais source d’impureté au regard de la loi juive.

 

Dans les évangiles, Jésus prend ses distances avec les conceptions pharisiennes de la pureté (Mc 2.15ss; 7.1ss//; cf. Mc 1.40ss ; Mt 23.23ss). Pourtant son action est décrite comme une purification, notamment quand il guérit les lépreux ou quand il délivre les hommes de l’influence des démons*, qui sont appelés esprits* impurs (Mc 1.23n).

 

Le problème de la pureté est particulièrement sensible dans les communautés chrétiennesqui regroupent Juifs et non-Juifs. C’est en particulier dans le domaine alimentairequ’il est épineux, puisque les responsables de l’Eglise tiennent à la fois à respecter la conscience des uns et des autres, formée différemment en fonction de leur origine culturelle et religieuse, et à assurer la communauté de table qui est le signe fort de la communion entre tous (Ga 2.11ss; cf. Ac 10.9ss; 11.1ss; 15.7ss,19ss; Rm 14.14). Si, chez la plupart des chrétiens, les lois de la pureté rituelle héritées du judaïsme finissent par passer à l’arrière-plan (cf. Ga 3.23ss; Col 2.16s; Hé 9.10), la notion de pureté spirituelle et morale joue un rôle d’autant plus important dans la confession de foi et l’exhortation. D’une part le commencement de la vie chrétienne signifié par le baptême* est compris, autant que comme une justification* ou une consécration (sanctification*), comme une purificationanalogue à celles que produisaient les rites sacerdotaux: elle permet au croyant d’accéder à une relation agréée avec Dieu. D’autre part les fidèles sont continuellement appelés à une puretépratique qui relève, non plus du rituel, mais de l’éthique individuelle et communautaire, et qui tend à s’identifier à la sainteté(Mt 5.8; Jn 13.10; 15.2s; Rm 6.19; 1Co 6.9s; 2Co 7.1; Ga 5.16ss; Ep 4.19ss; 5.3ss,26; Ph 1.10; 1Th 4.3ss; 1Tm 1.5; 3.9; 2Tm 2.22; Tt 2.14; 3.5; Hé 9.13s; Jc 4.8; 1Jn 1.9).

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