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prophète, prophétie

Les cultures anciennes connaissent un personnel spécialisé dans la communication de « secrets », en lien étroit avec la religion: les causes et remèdes d'une calamité publique ou privée, la volonté des dieux, les événements à venir. Le Deutéronome refuse à Israël le recours aux devins, médiums et autres aruspices (Dt 18.10-14) et promet que la fonction, dans ce qu'elle a de légitime, sera remplie par les prophètes. Moïse annonce: Le Seigneur, ton Dieu, suscitera pour toi, de ton propre sein, d'entre tes frères, un prophète comme moi: vous l'écouterez! (Dt 18.15, cf. v. 18ss). On a compris qu'après Moïse, le prophète plénier (Dt 34.10s), viendraient pour chaque génération des prophètesà son image — et, finalement, un nouveau Moïse, leProphète à l'envergure au moins comparable (cf. Es 42.6s ; 49.6).

 

Prophète transcrit en français le mot grec prophètès, abondamment employé par la Septante(LXX*) et le Nouveau Testament; le terme, pour les Grecs, signifie « celui qui s'avance (pro) pour parler (phèmi) » et désigne moins l'instrument même de l’oracle (mantis), comme la Pythie, que l'interprète qui en expose le sens de façon intelligible (l'apôtre Paul soulignera l'intelligibilité de la prophétie, 1Co 14.3,9,19). Le terme hébreu, nabi’, procède sans doute d'une racine évoquant l'appel; au sens actif, il désignerait le prédicateur(titre le plus fréquent, pour un rôle comparable, dans les textes assyriens du VIIesiècle); au sens passif, l'appelé(de Dieu). L'office de prophète est, en tout cas, celui de porte-parolede la divinité. La vocation de Jérémie le définit simplement: J’ai mis mes paroles dans ta bouche(Jr 1.9). Aaron, comme porte-parole de Moïse, devient son prophète, Moïse jouant pour lui le rôle de Dieu (Ex 4.16; 7.1). L'introduction fréquente Ainsi parle le Seigneurreprend celle des ambassadeurs ou des hérauts du roi (Ex 5.10; 1R 20.2s,5; 2R 18.19,31); l'autre formule qui ponctue le discours prophétique, déclaration du Seigneur, a la même portée, ainsi que le solennel la bouche du Seigneura parlé. Les prophètes ont part au secretdu Seigneur, ils assistent, en quelque sorte, à son conseil secret(Am 3.7 et Jr 23.22; c'est le même mot sodqui se trouve dans les deux passages) et sont mandatés pour en divulguer les décrets.

 

L'usage populaire ancien donnait à « prophète » les synonymes voyantou visionnaire, ro’éou hozé(1S 9.9; cf. 2R 17.13; Es 29.10; 30.9s; Mi 3.7 donne devinsen parallèle). Un verbe rare double celui qui est traduit par parler ou agir en prophète: il signifie étymologiquement « faire couler goutte à goutte », soit au sens de bavarder, soit au sens de distiller des réponses d’oracle; on l’a rendu par vaticiner(Mi 2.6,11). Un tel vocabulaire évoque les modalités de l'expérience et de l'activité prophétiques. Bien que le thème de la paroleprédomine de façon écrasante, les visionsservent souvent la réception du message (Jr 1.11ss et l'important Nb 12.6-8). Michée 1.1 établit un parallèle entre la parole du Seigneur... et ce qu'il a vu (cf. aussi Am 1.1). Des modalités auditives semblent en cause quand Amos s'écrie: Le lion rugit: qui n’aurait peur? Le Seigneur Dieuparle: qui n’agirait en prophète?(Am 3.8; cf. Es 40.6: Quelqu’un dit: Crie...), mais il est difficile d'apprécier la composante physique et littérale de l'expérience. Le prophète sait discerner sa propre méditation de la communication divine: Habacuc guette, jusque dans sa propre parole, la réponse du Seigneurà ses doléances (Ha 2.1); Jérémie doit attendre dix jours (Jr 42.4-7). De transes, d'extases, d'états psychiques extraordinaires, la présence est parfois indéniable (1S 19.20-24; Ez 3.14s) mais d'autres fois imperceptible; elle semble avoir été très variable.

 

Le prophète biblique est d'abord l'homme de la parole, une parole efficaceparce que Dieu l'envoie et qu'il veille sur ellepour l'accomplir (Jr 1.12); c'est Dieu qui réalise la parole de sonserviteur et quimène à bien les projets de ses messagers(Es 44.26). Réaliser, ici, se traduirait plus littéralement « (faire) lever, dresser »: le Seigneur ne laisse tomber à terre aucune de ses paroles(1S 3.19n; cf. 1R 8.56; 2R 10.10). Moins souvent, le texte indique le rôle de l'Esprit* ou Souffle divin, intimement lié à la parole: le prophète est l'homme du Souffle(Os 9.7) selon le modèle de 2 Samuel 23.2: le souffle du Seigneur a parlé par moi, sa parole est sur ma langue. Le Nouveau Testament mettra davantage en évidence le lien entre l'Esprit et la prophétie (par ex. 2P 1.21; voir aussi Ap 19.10). La prédication inspirée des prophètes se déroule oralement, généralement dans l'espace public, mais elle peut aussi impliquer (comme ailleurs dans l'ancien Moyen-Orient) la mise par écrit (Ha 2.2; cf. Es 8.16; Jr 29 ; 51.60ss). Elle s'accompagne assez souvent de paroles-gestes, actes symboliques qui aiguisent la pointe dramatique du message (Es 20; Jr 27—28; Ez 4—5; Os 1 ; 3; Ac 21.11, etc.; voir l’encadré « Les paroles-gestes des prophètes », p. 1035).

 

Sous les mêmes dehors, les prophètes et prophétesses (Ex 15.20; Jg 4.4; 2R 22.14; Es 8.3; Ez 13.17ss; Né 6.14; Lc 2.36; Ac 21.9; 1Co 11.5; Ap 2.20) proclamaient souvent des messages divergents. Les prophéties canoniques se consacrent pour une part non négligeable à la dénonciation des « pseudoprophètes », comme les a nommés la Septante, qui ne prophétisent que leur propre pensée; ce combat se prolonge et s'intensifie dans le Nouveau Testament (1Jn 4.1 etc.). Les critères de discernement, d'un maniement délicat, sont d'abord l'accomplissement de la part prédictive (Dt 18.21s) et la fidélité aux révélations déjà connues (Dt 13.2ss). Comme les « faux » prophètes cèdent le plus souvent à la tentation de flatter le pouvoir et les foules, il y a présomption d'inauthenticité quand les paroles rassurent à bon compte et plaisent — sans rien d'automatique cependant (Jr 28.5-9; cf. 1R 22.6ss,11-18; Mi 3.5,8,11; voir l’encadré « Le prophète de malheur peut-il être un faux prophète? », p. 1155).

 

La Bible atteste l'existence d'un prophétisme cananéen et phénicien attaché au culte de Baal* (1R 18), forme locale du phénomène universel déjà évoqué. Sur cet arrière-plan se détache l'originalité du prophétisme biblique. Cette originalité se marque d'abord par l'importance de l'initiative divine: sans exclure un prophétisme « professionnalisé », associé au culte et à la cour, la liberté du Seigneurse révèle dans la vocation de personnalités indépendantes, parlant en son nom seul (Am 7.14 en offre l'illustration éclatante). Les prophètes bibliques, ensuite, ne se contentent pas de dévoiler tel interdit ou de prédire l'issue de telle bataille. L’annonce de l’avenir occupe en fait une place assez réduite dans leurs « prophéties »; il s’agit plutôt pour eux d’interpréter les événements contemporains, même si dans certains cas cette interprétation s'élargit jusqu'à dessiner une théologie de l'histoire, des origines à l'accomplissement. Enfin, leur concentration sur la justiceet la compassion, sur les dimensions éthiques et intérieures de la spiritualité, représente un phénomène unique auquel l’enseignement de Jésus donnera un aboutissement (cf. Mt 9.13; 15.7ss). Par ces traits, les prophètes ont œuvré en Israël comme des réformateurs sociaux, champions, au nom de YHWH, des droits des pauvres foulés aux pieds par les puissants: leur ministère ne peut se réduire à ce rôle historique mais s'y déploie significativement.

 

Trois traits s'associent, en outre, au service des prophètes. Nombreux sont les prophètes thaumaturges(faiseurs de miracles), malgré de remarquables exceptions comme Jérémie et Jean le Baptiseur: les miracles accréditent les envoyés de Dieu (à commencer par Moïse, Ex 4.1ss; 14.31...). Porte-parole du Seigneurauprès des hommes, le prophète assume aussi la mission réciproque: il est intercesseur. Proche de Dieu, homme de Dieu, le prophète voit la situation réelle de ses frères et il en a, sentinelle, la responsabilité (cf. Ez 3; 33; voir aussi 13.5); il prie donc pour eux. Le lien s'affirme dès Abraham (Gn 20.7,17) et se confirme chez la plupart, avec les grands exemples de Moïse (Ex 32.31ss) et de Samuel (1S 12.23; cf. 7.8s). Enfin le prophète est souvent appelé à souffrir. Le cas de Jérémie est exemplaire, mais la mission de tous les prophètes les expose à la persécution, s'ils restent de fidèles témoins; Jésus aussi le souligne (Mt 13.57; 23.37).

 

Tous ceux et celles, dans la Bible, qui reçoivent et transmettent la Parole de Dieu peuvent être qualifiés de « prophètes » (voir « Quelques prophètes de la Bible », p. 982): ainsi Abraham (Gn 20.7), David (Ac 2.30), Daniel qui fut d'abord un sage (Mt 24.15), et tous les fidèles de la nouvelle alliance en un sens, prophètes « dans le Christ » comme ils sont en lui prêtres et rois (Ac 2.17s; cf. Nb 11.29; 1Jn 2.20ss). Si on considère l'office prophétique plus strictement défini, on peut distinguer les époques suivantes dans le panorama biblique:

  

a) Les temps anciens sont peu distincts et semblent frustes, avec des confréries de prophètes (comme en 1S 10.5ss) et les juges prophètes (Débora, Samuel).

 

b) David associe Nathan et Gad à sa jeune monarchie; à l'époque royale les grands prophètes jouent un rôle de premier plan dans la vie nationale, commentant librement les mœurs et la politique, à l'intérieur et à l'extérieur; ressortent la figure d'Elie, si différent de Moïse et pourtant mis en parallèle avec lui (1R 19), puis d'Elisée son héritier spirituel, prophètes racontés plus que discoureurs; le canon hébraïque nomme "Premiers prophètes" les livres historiques anciens (de Jos à 2 R; voir l’introduction à l’Ancien Testament, p. 15).

 

c) Les « prophètes écrivains », puissants par la pensée comme par l'expression, déploient la signification des temps; ceux-ci sont marqués par la destruction des royaumes d'Israël (Nord) et de Juda, suivie de l'exil, puis d'une laborieuse reconstruction. 

 

d) Malgré des manifestations sporadiques (et les apocalypses, cf. l’introduction à Daniel p. 1092), la tradition juive considère que la prophétie dans sa continuité cesse après Malachie, mais elle attend sa restauration (cf. 1 Maccabées*9.27, « depuis la fin des temps des prophètes »; 14.41, « jusqu’à ce que se lève un prophète fidèle »; Testament* de Benjamin9.2, «...jusqu'à ce que le Seigneur envoie son salut par la visite d'un prophète unique »).

  

e) Jean le Baptiseur, dans le « désert » de Juda, invite Israël au changement, joignant à la parole l'acte symbolique d'un baptême; il est reconnu par le peuple comme porteur de la prophétie restaurée (Mt 21.26) et par Jésus comme le nouvel Elie prédit par Malachie (Mt 11.14; 17.12//).

  

f) Jésus paraît à son tour comme un prophète, puissant en œuvre et en parole(Lc 24.19; cf. 7.16; Mt 21.11; Jn 4.19); le Nouveau Testament montre surtout en lui leProphète, le nouveau Moïse (Jn 6.14; cf. 1.14-18; Ac 3.22s; 7.37).

 

g) Dans l'Eglise, les apôtres peuvent être appelés prophètes (Ep 2.20n; 3.5). Mais d'autres prophètes aussi remplissent un ministère essentiel (Ac 13.1; 1Co 12—14; Ep 4.11); il convient cependant d'examiner ce qu'ils disent (1Co 14.29; 1Th 5.20s), et l'apôtre leur fixe pour règle la logique de la foi(Rm 12.6).

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