o.

onction

L’onction est principalement représentée dans l’Ancien Testament par la racine hébraïque mshh, d’où vient le terme mashiah, qui a donné notre mot « messie »; et, dans le Nouveau Testament, par la famille du verbe grec khrio, d’où khristos, « christ ». Il s’agit à l’origine d’une pratique concrète, qui consiste à enduire ou à frotter quelque chose ou quelqu’un d’huile d’olive, ou d’une préparation à base d’huile d’olive. Les dérivés de mshh, comme plusieurs autres termes, peuvent décrire une « onction » profane.Ainsi, dans le domaine militaire, on « oint » ou on graisse les boucliers pour les entretenir et les rendre glissants (2S 1.21n; Es 21.5n; mais ce sens utilitaire peut en cacher un autre, car la guerre n’est pas tout à fait une activité profane; voir saint*, sainteté, sanctification).

 

Plus fréquemment, l’onction a une fonction cosmétique: il est courant, surtout parmi les classes aisées, de s’huiler la peau, habituellement d’une huile parfumée, de sorte que mshh et ses synonymes signifient souvent parfumer(2S 14.2; Ez 16.9; Am 6.6; Ps 23.5; 104.15; 133.2; 141.5; Rt 3.3; Ct 3.6; Est 2.12; cf. Mc 14.3//; Lc 7.38,46; voir aussi Ex 30.25,35; 1S 8.13; Ec 10.1; Né 3.8). Dans bien des cas l’onction suggère la fête et la joie(Es 61.1-3; Ps 45.8; 92.11; Pr 27.9; Ct 1.3; 4.10; Ec 9.8; cf. Dt 28.40; 2S 12.20; 14.2; Mi 6.15; Dn 10.3; Mt 6.17; Hé 1.9). Mais une préparation à base d’huile peut être aussi un remède, et l’onction une thérapeutique(Es 1.6; 2Ch 28.15n; Mc 6.13; Lc 10.34; Jc 5.14). Au Iersiècle apr. J.-C., certains rites funérairescomportent une application d’huile parfumée sur les cadavres (Mc 16.1; Lc 23.56; Jn 19.39s). Toutefois ce qu’on appelle onction est normalement un acte religieux,qui consiste à verser de l’huile sacrée, parfois sur un objet de culte (Gn 28.18; 31.13; 35.14; Ex 29.36; 30.26ss; 40.9ss; Lv 8.10s; cf. Ex 29.2; Lv 2.4; 7.12; Nb 6.15), mais plus souvent sur la tête de quelqu’un (Ex 30.22ss; Lv 8.10). En général, ce geste signifie la consécrationde la chose ou de la personne « ointe » en vue d’un office sacré (voir saint*, sainteté, sanctification), et sans doute son habilitation en vue de la tâche à accomplir.

 

Comme d’autres souverains sans doute (Jg 9.6ss; 1R 19.15), les roisd’Israël sont investis par une onction solennelle (1S 9.16; 10.1; 16.3,12s; 2S 2.4,7; 5.3; 12.7; 19.11; 1R 1.34,39,45; 19.16; 2R 9.3,6,12; 11.12; 23.20; Ps 45.8). Le roi régnant est dès lors appelé le mashiah, le « messie » de YHWH, l’homme qui a reçu l’onction du Seigneur(1S 2.10,35; 12.3,5; 15.1,17; 16.6; 24.7,11; 26.9,11,16,23; 2S 1.14,16; 19.22; 22.51; 23.1; Ps 2.2; 18.51; 20.7; 28.8; 84.10; 132.17; Lm 4.20). Une fois, ce titre est donné à l’empereur perse Cyrus le Grand, qui permettra aux Juifs de revenir de leur exil à Babylone et de reconstruire Jérusalem et son temple (Es 45.1; cf. 44.28). L’onction royale est probablement associée à la dignité de « fils* de Dieu » (Ps 2.7; 89.27; 110.3; cf. 2S 7.14; Es 9.5), voire de « dieu » (Es 9.5; Ps 45.7; 82.6), qui est quelquefois attribuée au roi, en Israël comme chez plusieurs peuples voisins. Selon de nombreux textes bibliques, le grand prêtre* aussi est installé dans sa charge par une cérémonie d’onction (Ex 29.7,29; Lv 8.12; cf. 4.3,5,16; 6.13-15; 16.32; 21.12; Dn 9.25n,26n; 1Ch 29.22; cf. Za 4.14n). D’après Ex 28.40s; 29.7ss; 30.30; 40.12ss; Lv 8.30; 10.7; Nb 3.3, tous les prêtressont ordonnés par un acte analogue. Il faut d’ailleurs signaler que dans certains cas l’onction royale est assortie de prérogatives sacerdotales (2S 6.18ss; 1R 8.14,55,63; 9.25; 2R 16.12s; Ps 110.4).

 

Celui qui a reçu l’onction appartient à Dieu d’une manière toute particulière et jouit de sa protection(1S 24.7; 26.9,11,16,23; 2S 1.14,16; 19.22), d’où l’extension figurée de mashiahpour désigner quelqu’un qui, sans être à proprement parler roi ou prêtre, bénéficie d’une attention particulière de la part de Dieu; c’est le cas des patriarches en Ps 105.15 (// 1Ch 16.22), qui les qualifie aussi de prophètes. De fait, à titre exceptionnel, l’onction peut être associée à la vocation prophétique (1R 19.16; cf. Es 61.1, qui associe l’onction, sans doute au sens figuré, au souffle ou à l’Esprit* de Dieu; Règlement de la Guerrede Qumrân* 11.7 : « Par le moyen de tes Oints, eux qui voient les Décisions, tu nous as annoncé les temps des combats de tes mains »; Ecrit de Damas2.12s : « Il leur fit connaître par l’intermédiaire de Ses Oints son Esprit saint, et Il montra la vérité »). Suivant les parallélismes poétiques en Ha 3.13net en Ps 28.8, l’homme qui a reçu l’onction du Seigneur pourrait quelquefois représenter le peupletout entier. (Voir aussi Ez 28.14n.) C’est sans doute l’office du souverain consacré par l’onction qui est à l’origine de la notion de « messie » telle qu’elle s’est définie dans le judaïsme et dans le christianisme. Déjà dans l’Ancien Testament, les espérances associées au pouvoir royal tendent à s’absolutiser dans la vision d’un roi ultime, dont les victoires seront définitives et le règne sans fin (Es 9.4ss; 11.1ss; 35.6; Jr 23.5s; 33.15; Ez 34.23s; 37.22ss; Mi 5.1ss; Za 9.9s; Ps 72).

 

A partir du Iersiècle av. J.-C., alors que depuis longtemps Israël n’a plus de rois (cf. Ps 89) et que les espoirs de restauration politique et religieuse ont été déçus (Ag 2.20ss; Za 6.9ss; voir Maccabées*, Hasmonéens), le « messie » va devenir une figure centrale des scénarios apocalyptiques (voir les introductions à Daniel et à l’Apocalypse de Jean, p. {0000Xapocdn} et {0000Xintap}), tels qu’ils apparaissent dans les Psaumes de Salomon*, lesOracles* sibyllins, l’Apocalypse syriaque de Baruch(voir 2 Baruch*) ou le Quatrième livre d’Esdras*. Bien qu’il soit impossible de dégager une doctrine cohérente de ces textes fort divers, par la date probable de leur rédaction comme par leur contenu, le messie apparaît généralement, à l’articulation de « ce monde-ci » et du « monde à venir » (Mt 12.32n), comme un sauveur et un justicier idéal qui intervient de façon décisive pour le salut d’Israël (ce qui signifie, concrètement, son indépendance politique, voire sa suprématie sur les autres nations) et, dans certains cas, en faveur de toute l’humanité ou même de toute la création. Si l’on en croit des commentaires rabbiniques ultérieurs, ce messie devait être désigné par Moïse et Elie (cf. Ml 3.23s; Mc 9//). Selon les différents usages traditionnels de l’onction rituelle, on peut se représenter ce messie comme un roi, notamment dans la ligne des promesses faites à la dynastie de David (2S 7; cf. Gn 49.8-12; Nb 24.7,17s; Ps 2; 110), mais on peut aussi le voir comme un grand prêtre(ainsi, à côté de la figure du messie royal, dans les Testaments* des Douze patriarcheset dans les écrits de Qumrân*; cf. Ps 110.3s et l’épître aux Hébreux) et comme un prophète(cf. Dt 18.15ss; 1 Maccabées*14.41 : « Jusqu’à ce que se lève un prophète fidèle »; Testament de Lévi8.15s : « Sa venue sera chérie comme celle d’un prophète du Très-Haut »); c’est peut-être déjà l’image d’un prophète sauveur malgré ses souffrances et sa mort qu’esquissent les « chants du serviteur », notamment Es 52.13-53.12 (voir l’introduction au livre d’Esaïe), ou encore l’allusion difficile de Za 12.10n. Deux fois seulement (Jn 1.41; 4.25) le Nouveau Testament grec emploie le mot messias,transcription de l’hébreu ou de l’araméen. Le plus souvent il utilise sa traduction grecque, khristos (Mt 1.16; 16.16//; 27.17,22; Ac 2.38; 5.42; 9.34). Dans les récits évangéliques, ce titre est attribué à Jésus(Mc 1.1; Jn 1.17; 20.31; cf. Mc 10.47//; 15.18), mais lui-même semble l’éviter (à cause des connotations politiques associées à la figure du messie? cf. Jn 6.15), lui préférant le titre de Fils* de l’homme (cf. Mc 8.27—9.1).

 

L’idéologie du messie royal, cependant, semble encore très présente dans l’Evangile selon Matthieu, qui appelle fréquemment Jésus-Christ Fils de David (1.1,6,17,20; 9.27; 15.22; 20.30; 21.9,15). Toutefois les nombreuses citations du Ps 110 dans le Nouveau Testament, et son exploitation systématique dans l’épître aux Hébreux, indiquent que le modèle sacerdotaln’est pas absent du messianisme chrétien. Enfin on reconnaît en Jésus le Prophète par excellence (Jn 6.14; 7.40 ; cf. 1.21+). Quoi qu’il en soit, la « messianité » de Jésus n’implique jamais une cérémonie d’onction au sens propre du terme. En fait, en dehors du contexte juif, le titre de khristos a vite été traité comme un nom propreassocié à celui de Jésus, toute idée d’onction passant à l’arrière-plan si elle n’était pas complètement perdue de vue (Rm 6.4,8s; 8.17; 9.1; 1Co 1.12s,17,23; 1P 1.11). L’assonance de khristos avec l’adjectif khrestos, « bon, utile », qui était probablement un quasi-homonyme au Ier siècle, a peut-être autant compté pour le monde hellénophone que son sens juif d’« oint » (cf. Mt 11.30n; Phm 11n). C’est de khristosemployé comme nom propre que dérive l’appellation khristianos, chrétien (Ac 11.26; 26.28; 1P 4.16), sans doute à l’origine un sobriquet (comme hérodien pour les partisans d’Hérode*).

 

Par suite de cette éclipse du sens de khristos,ce sont plutôt d’autres titres qui qualifient Jésus et définissent sa mission dans une grande partie du Nouveau Testament; ainsi Kurios, Seigneur, en particulier sous la plume de Paul (Rm 10.8ss; 1Co 12.3; Ph 2.9ss; voir nom*, noms divins) ou huios, Fils, notamment dans l’évangile et les épîtres de Jean. Cependant, en rapport ou non avec le sens de khristos, la pratique de l’onction, généralement associée à la guérison des malades, s’est perpétuée dans certaines communautés chrétiennes (cf. Mc 6.13 et Jc 5.14n, où faire une application d’huile traduit un synonyme de khrio). D’aucuns pensent que l’onction (grec khrisma) évoquée en 1Jn 2.20,27 fait allusion à un acte concret; quoi qu’il en soit de son possible enracinement rituel, cette onction signifie sans doute surtout l’identification de tous les membres de la communauté à Jésus-Christ et la connaissance intime qui en résulte (comparer le rôle analogue de l’Esprit* en 3.24; 4.1-6,13; 5.6ss). Ailleurs le verbe khrio est employé au sens figuré, en rapport étroit avec l’Esprit saint,pour désigner la consécration et l’habilitation particulières du Christ (Lc 4.18; Ac 4.27; 10.38; Hé 1.9) ou celles des apôtres* (2Co 1.21n), qui sont le fait même de Dieu.

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