l.

loi

Le terme français loi, d'origine latine, ne porte pas tout à fait les sens et connotations des mots bibliques qu'il traduit. En effet, la tora (ou Torah), dans l’Ancien Testament hébreu (environ 220 occurrences), c'est d'abord l'enseignementrevêtu d'autorité, qui indique la voie à suivre. On hésite sur son étymologie: peut-être le verbe « jeter », pour montrer la direction, signifier une décision (cf. les flèches lancées par Jonathan, 1S 20.20,36; le jet des sorts en Jos 18.6), voire pour jeter les bases, poser la pierre de fondation (Jb 38.6); peut-être une racine signifiant « guider », ou une autre évoquant la « transmission » à la postérité... L'usage ordinaire de toracouvre, en tout cas, l'enseignement de la mère(Pr 1.8; 6.20) comme celui du maître de sagesse alors qu'il exhorte son « fils », c’est-à-dire son disciple (Pr 3.1; 6.23; 7.2). C'est le mot qui désigne la réponse du prêtreà la question précise qu'on lui a posée (Ag 2.11n; Ml 2.6s; cf. Dt 17.11) comme aussi, semble-t-il, l'oracle du prophète, qu'il doit écrire et sceller pour les disciples du Seigneur(Es 8.16,20). Plus souvent la toraest une dispositiondéterminée, de validité permanente, qui doit régler tel sacrifice ou telle pratique rituelle (Lv 6.2,7,18; 14.54...), ou qui délimite le pur et l'impur (Lv 11.46s; Nb 19.14). Enfin, c'est l'usage le plus fréquent, la toraest la loi, ensemble ou substance de toutes les lois, norme englobante pour la vie d'Israël. La notion est servie par une pléiade d'autres termes, qu'on peut rendre par commandements, préceptes, droit, règles, coutumes, décrets, sentences, témoignages, édits, charte ou simplement paroles, les Proverbes ajoutant encore l’instructionou discipline et les avertissementsdans les formules parallèles. Elle comprend le corpus législatif auquel se réfèrent les juges; il n'est pas étonnant que les parties araméennes de l'Ancien Testament utilisent un mot (emprunté au perse) qui désigne la loi de l'empire (Esd 7.26; l'hébreu d'Esther 4.16 emploie le même terme).

 

Pour rendre l'hébreu tora, les Juifs de langue grecque ont choisi nomos, un terme courant qui désigne la loi de l'Etat ou de la cité, mais aussi celles du culte et du cosmos (nomosapparaît quelque 430 fois dans LXX*). Dans le Nouveau Testament aussi c’est nomos qui est employé. Ce terme vient d'une racine qui évoque la répartition de la propriété (nomèdésigne le pâturage) et signifie l'ordre établi dans tous les domaines, parfois par convention entre les hommes. Dans le Nouveau Testament, il vise presque toujours, concrètement, la Torah donnée à Israël, mais l'usage se diversifie, en particulier dans les épîtres de Paul. Comme dans le judaïsme, la loi devient le livre, ou le recueil de livres, où se trouve l'enseignement: le Pentateuque dans l'usage le plus précis, selon la formule la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes(Lc 24.44). Mais on trouve aussi, sans doute pour le même ensemble, l’appellation la Loi et les Prophètes, voire la Loi tout court (Mt 5.17; Rm 3.19). La loi, essentiellement chez Paul, est aussi le régimemis en vigueur avec l'alliance au Sinaï et qui, à certains égards au moins, est caduc pour les chrétiens (Rm 5.13,20; 1Co 9.20; Ep 2.15; on peut comparer le rapport entre loi et sacerdoce en Hé 7.11ss). Le mot peut prendre un tour plus abstrait. Il peut valoir pour le principedirecteur de la conduiteet le critèrepermettant de la juger (Rm 2.14s; 7.16,22, prescription du bien; Jc 1.25; 4.11). L’expression sous la loi peut évoquer le principe déterminant de la justification*, le ressort de sa « logique »: être sous la loi(Rm 6.14), c'est ne pouvoir être justifié, déclaré juste par Dieu, que par la logique de l'obéissance effective et intégrale, en accomplissant tout ce qu'exige la loi (Ga 3.10ss). A l'opposé, pour la logique de la pure grâce, l'apôtre peut parler de la loi de la foi(Rm 3.27) et de la loi de l'Esprit de la vie en Jésus-Christ(Rm 8.2). Dans ce dernier passage, la loi peut être aussi comprise comme la puissanceeffective qu'éprouve le sujet, libératrice si c'est la loi de « l'Esprit* », paralysante si c'est celle de la « chair » (Rm 7.21,23). Il faut prendre garde à cette diversité de sens, d'autant plus déconcertante qu'elle peut intervenir dans les mêmes passages (Rm 7). Le Nouveau Testament use également de quelques autres termes, surtout de celui de commandement.

 

La Torah est du Seigneur(Ex 13.9) ou de Dieu(Jos 24.26); elle est aussi de Moïse(Jos 8.31), car c'est par son intermédiaire qu'elle a été donnée (Né 10.30; Jn 1.17). Moïse, que les juifs appellent « notre Instructeur », est la grande figure de référence dès qu'il est question de la loi. Hors de ce contexte fondateur, dans le fonctionnement régulier des institutions, ce sont les prêtres* qui apparaissent comme les gardiens et les garants de la loi, qui l’enseignent et veillent à son application (Dt 17.9ss; cf. 21.5; 33.8s,10n; Mi 3.11n; Ag 2.11nss; Ml 2.6s). Après l’exil, avec Esdras, le ministère du scribe*versé dans la loi de Moïse(Esd 7.6) prend une importance prépondérante. Les scribes ne sont pas de simples secrétaires ou copistes, ce sont de plus en plus des spécialistes de la loi (Mt 22.35; Lc 10.25; 11.45s,52; 14.3; cf. Ac 5.34) qui l’interprètent en vue de son application dans la vie quotidienne des fidèles, au moins en dehors du temple* qui reste le domaine réservé des prêtres. Au Iersiècle apr. J.-C. ils jouent un rôle central dans le mouvement pharisien* (Mt 5.20; 12.38; 15.1; 23.2,13ss; Mc 7.1,5; Ac 23.9; cf. Mc 2.16 ; Lc 5.17; 7.30).

 

L’ensemble littéraire que constitue la Torah (le Pentateuque, voir l’introduction à l’Ancien Testament, p. {0Xintat}) contient des textes fort divers. Contrairement aux codes juridiques que nous connaissons, la narrationy occupe une place très importante. Le don de la loi est ainsi placé dans un contexte historique fondateur, distinct de l’expérience quotidienne du peuple en son pays. Il s’insère dans l’histoire de l’Exode et des pérégrinations au désert (Lévitique, Nombres), jusqu’au seuil de la Terre promise (Deutéronome). Il a pour préambule les récits des origines et les histoires des patriarches (Genèse). Quant aux énoncés de la loi proprement dits, ils se classent formellement soit du côté casuistique(avec une clause d'hypothèse: si..., quand, lorsque..., Ex 21.7-11), soit du côté catégorique ou apodictique, sans condition, comme les commandements du Décalogue (Ex 20//). Leur contenu enfin varie grandement: lois rituelles, morales etciviles se côtoient ou s’entremêlent, de sorte qu’il est difficile de tracer des frontières très nettes entre les genres (voir p. ex. Lv 19 où les prescriptions sur les sacrifices ou l’interdiction des tatouages voisinent avec le précepte de l’accueil des étrangers et le célèbre tu aimeras ton prochain comme toi-même; voir aussi « Une analyse synoptique de la Torah », p. 278).

 

Les ressemblances entre la Torah et les ensembles législatifs de l'antique Moyen-Orient, dont le plus connu est le Code d'Hammourabi* ( 1700 av. J.-C.), n'ont rien d'étonnant: les situations étaient proches. Les dissemblances sont plus significatives: ailleurs, c'est le roi qui fait la loi (même si son pouvoir lui vient de la divinité); pour Israël la loi vient de Dieu lui-même, qui va jusqu'à l'écrire de son « doigt » (Ex 24.12; 31.18; 34.1,27s; noter l’équivalence posée entre le doigt de Dieu et son Esprit par les formulations parallèles de Mt 12.28 et de Lc 11.20). Le roi lui-même est soumis à la loi (Dt 17.18ss; 1R 21). La loi est strictement solidaire de l'alliance*; elle représente ce que le Dieu suzerain impose à son vassal. Du coup, les dimensions religieuse et civile se distinguent moins que dans d’autres législations. Toutefois la prédication prophétique fait apparaître une autre distinction en dégageant le noyau éthiquedes observances extérieures (à partir de 1S 15.22s; cf. Os 6.6). Autre différence: les lois qui régissent la vie sociale s'attachent d'abord, dans le Code d'Hammourabi par exemple, à la protection des biens; pour Israël la loi se préoccupe davantage despersonnes, avec un fort souci des plus faibles. Les lois des nations, enfin, se présentent de façon intemporelle; pour Israël la loi met en valeur son lien à l'histoire. Au cœur de la législation, le prologue des Dix paroles fait procéder les commandements de l'événement rédempteur (Ex 20.2; voir aussi Dt 5.15 pour la raison du sabbat), et le texte note les circonstances d'autres lois particulières (Lv 10; 24.10-16).

 

Le déroulement de l'histoire fait surtout assister à la violationperpétuellement recommencée de la loi, violation que les prophètes* ne cessent de dénoncer (Os 8.1,12). La catastrophe qui met fin à l'indépendance des royaumes d'Israël, puis de Juda, et qui déplace les populations a pour sens de châtier la désobéissance et de manifester ainsi l'autorité de la loi: Le Seigneur a pris plaisir, à cause de sa justice, à rendre la loi grande et magnifique(Es 42.21). Le regard de l'espérance se porte vers un avenir, œuvre de Dieu, où la loi, à partir de Jérusalem, sera obéie et enseignée dans le monde entier (Es 2.2ss; Mi 4.1ss; cf. Es 42.4). La promesse la plus frappante est celle de l'inscription de la loi dans le cœur, organe du vouloir et de la pensée et source des actions, cette inscription étant caractéristique d’une alliance nouvelle où tous connaîtront personnellement le Seigneur (Jr 31.31-34).

 

La piété des fidèles fait une part grandissante à l'éloge de la loi (Ps 19; 119) et les thèmes de la loi et de la sagessese rapprochent (Pr 28.4-9; 29.18; cf. Dt 4.6). Dans la période intertestamentaire le respect de la loi en vient à définir l’identité même de l’Israélite, ce respect se colorant de conservatisme prudent chez les uns (voir sadducéens*), d'un mélange de scrupules et d'accommodements réalistes chez d'autres (voir pharisiens*), de rigueur extrême chez d'autres encore (voir Qumrân*). Loi et sagesse se recouvrent presque entièrement: dans le chapitre 24 du Siracide*, la Sagesse universelle personnifiée (à la manière de Pr 8—9) est assignée à résidence en Israël et expressément identifiée au « livre de l’alliance du Dieu Très-Haut, la Loi que Moïse nous a prescrite ». L'historien (pharisien) Flavius Josèphe* résume l'attitude fondamentale: « Que quelqu'un interroge seulement l'un de nos compatriotes au sujet de nos lois, il les citera plus facilement que son propre nom, parce que nous les avons apprises dès l'éveil de l'intelligence, elles sont comme gravées dans notre âme. » (Contre Apion, II,19.)

 

Le Nouveau Testament présuppose l'attachement du judaïsme à la loi, et le rapport à la loi est l'enjeu de la plupart des controverses. Sous des formes diverses, c'est l'ambivalen c equi prévaut.

 

En Matthieu (5.17), Jésus répudie haut et fort l'idée (l'accusation ?) qu'il serait venu abolir la Loiet il reproche aux pharisiens et aux scribes d'exténuer l'autorité du commandement divin par l'ajout de leur tradition (Mt 15.3,6; le Nouveau Testament, comme Flavius Josèphe, parle de tradition [des anciens]là où l’enseignement rabbinique parle de « loi orale »). Mais l’interprétation radicalisante de Jésus dont témoignent, chacun à sa manière, les quatre évangiles, lui permet aussi une extraordinaire liberté à l'égard de l'institution sabbatique (Mt 12.1ss//) ou de la répudiation (Mt 19.7ss//); elle développe l'antithèse prophétique entre l'extérieur et l'intérieur (Mt 15.11,15-20//), qui se retrouve dans le reste du Nouveau Testament (Ac 10; Rm 2.28s; 14.17; 1Co 8.8; Col 2.11,16s; Hé 9.9s,13s; 1P 3.21). Jésus, surtout, qui mange avec les pécheurs, s'en prend à l'assurance des pratiquants de la loi (Lc 18.9-14). Alors que le judaïsme de son temps fait dépendre l’ultime destinée de chacun de son obéissance à la loi, Jésus suggère qu’elle dépend d’une relation avec lui (Mt 10.32-40).

 

L'apôtre Paul aiguise l’antithèse entre le Christ et la loi en fonction de son expérience et de sa formation: il oppose la justice* propre à l’homme, celle qui vient de la loi, à celle qui provient de Dieu par la foi du Christ(Ph 3.9). Le rôle de la loi, dans le régime de Moïse, a été celui d'un surveillant, jusqu’au Christ(Ga 3.24n). D'un autre côté, Paul a le souci de s'appuyer sur la loi, comme source de la révélation (Rm 3.31). En outre la loi garde pour lui son autorité de critère de conduite (Ga 5.14; cf. Rm 8.4; 13.8,10). Le Christ est la fin de la loi(Rm 10.4), finà la fois au sens de terme et de but (ou d’accomplissement).

 

La même tension se retrouve dans une grande partie des textes du Nouveau Testament. L'auteur de l’épître aux Hébreux, tout en s’intéressant davantage que Paul aux aspects rituels de la loi, tire aussi ses arguments de la loi pour démontrer le dépassement de la loi. L'épître de Jacques, dont le vocabulaire offre une ressemblance troublante avec celui de Paul (2.14ss), reflète, elle aussi, l'ambivalence: le zèle de son auteur pour l'autorité de la loi ne doit pas faire oublier qu'il pense à la loi parfaite, la loi de la liberté(Jc 1.25). Quant à la tradition associée au nom de Jean, si elle insiste sur les commandementsà garder, elle marque fortement la nouveauté christique (cf. Jn 1.17, qui oppose la loide Moïse à la grâce et à la vérité apparues en Jésus-Christ; 1Jn 2.8); surtout, elle attribue à Jésus-Christ les fonctions et les symboles que le judaïsme accordait à la loi: ainsi dans l’image de la lumière et dans la notion de préexistence (comparer Gn 1.3 et Jn 1.1ss). En somme, si tout le Nouveau Testament glorifie le Christ à la place de la loi, il salue aussi en lui celui que visait la loi et en qui elle est accomplie.

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