d.

démon, diable, Satan 

Dans l’Ancien Testament, les références possibles à des « esprits du mal » sont rares. La présente version n’y emploie que deux fois le terme démons, pour traduire l’hébreu shédim(Dt 32.17; Ps 106.37). Chez les peuples voisins d’Israël les termes apparentés à shédimdésignent plutôt des « bons génies »; c’est sans doute seulement dans la perspective monothéiste d’Israël que le mot devient péjoratif. Selon certains, le mot traduit par boucs (se‘irim, proprement les « velus ») en Lv 17.7; 2Ch 11.15 pourrait avoir un sens analogue (génies ou divinités?). On a discerné d’autres allusions à des esprits, mais il n’est pas toujours aisé de faire la différence entre ce qui relèverait d’un langage réaliste, qui porterait l’empreinte des conceptions mythologiques de l’Orient ancien, et ce qui appartient au style poétique, qui se plaît toujours à personnifier des phénomènes naturels, comme la mort ou la maladie (cf. Es 28.15,18; 34.14; 65.11; Jr 9.20; Os 13.14; Ha 3.5; Ps 91.5s; Jb 18.13; 28.22). En tout cas, dans l’Ancien Testament le malheur et le mal, comme le bonheur et le bien, n’échappent pas à la souveraineté du Dieu unique (cf. Ex 12.23; Jg 9.23; 1S 16.14ss; 18.10; 19.9; 2S 24.16; 1R 22.21ss).

 

Dans les récits du Nouveau Testament(évangiles, Actes des Apôtres), en revanche, les démons apparaissent comme une catégorie d’êtres dont l’existence est reconnue par le sens commun, et dont l’action est clairement maléfique. Le mot daimon, qui désignait en grec classique un génie, bon ou mauvais, n’est employé qu’une fois, et dans ce sens négatif (Mt 8.31). Partout ailleurs c’est un dérivé, daimonion, qui est transcrit démon (sauf en Ac 17.18 où ce mot prend, à la façon du daimonclassique, un sens plus général de divinité). Dans le Nouveau Testament les démons sont souvent appelés esprits impurs(Mc 1.23+), parfois esprits mauvais(Lc 7.21). Ils sont habituellement tenus pour responsables des pathologieset des infirmités(notamment celles que nous appellerions nerveuses ou mentales, cf. Mc 5.1ss; Jn 10.20 semble poser l’équivalence entre avoir un démonet être fou). Toutefois les textes ne parlent pas toujours de démons là où il est question de maladie et de guérison (quelquefois l’exégèse hésite: l’esprit de maladieen Lc 13.10nss est-il un démon ou la personnification littéraire d’un phénomène qui n’est pas perçu comme surnaturel?). Les démons se manifestent à l’approche de Jésus, reconnaissant en lui le Fils de Dieu (Mc 3.11; 5.7), mais celui-ci les chasseen leur imposant le silence; dès lors ceux qu’ils habitaient recouvrent la santé physique et mentale (Mc 1.23+ss). Toutefois il n’est pas le seul à pratiquer de tels exorcismes (Mt 12.27; cf. 7.22).

 

Les démons du Nouveau Testament sont soumis à un chef ou prince des démons, qui est désigné par divers termes empruntés à l’hébreu ou à l’araméen (le Satan, Mt 12.26n; mais aussi Bélial, cf. Dt 13.14n; Ps 18.5n; 2Co 6.15n; Béelzéboul, Mc 3.22n) ou proprement grecs (le diable). Le mot hébreu satân était à l’origine un nom commun désignant un adversaire, en particulier un accusateur au tribunal (1S 29.4; 2S 19.23; 1R 5.18; 11.14,23,25; Ps 109.6,20,29). C’est encore à ce titre, dans une certaine mesure, qu’il intervient dans des récits mettant en scène un adversairecéleste de Dieu; mais il finira par se spécialiser en devenant l’un des titres, voire le nom même, de l’Adversairepar excellence (cf. Za 3; Jb 1—2; 1Ch 21.1). En grec, le mot satânsera tantôt simplement transcrit satanas, (le) Satan(Mc 1.13; 3.23; 4.15), tantôt traduit par diabolos (diable), un terme (apparenté au verbe diaballein, « diviser », qui a aussi le sens de « diffamer » ; Lc 16.1n) qui signifie « calomniateur », « médisant », ou plus généralement « adversaire » (Mt 25.41; Ep 6.11; cf. les emplois courants du mot en 1Tm 3.11n; 2Tm 3.3; Tt 2.2). Mais le même personnage est aussi bien appelé le tentateur(Mt 4.3), le Mauvais(Mt 13.19), l’ennemi(Lc 10.19), le prince de ce monde(Jn 12.31), le dragon(Ap 12.9) ou l’accusateur(Ap 12.10).

 

Comme il ressort de ce tour d’horizon, les conceptions démonologiques qui apparaissent dans le Nouveau Testament ne sont qu’indirectement héritières de l’Ancien Testament. Elles se sont en effet répandues dans le judaïsme au cours des derniers siècles avant Jésus-Christ, probablement sous l’influence du dualisme iranienqui, depuis le temps de l’empire perse, avait popularisé en Orient l’idée d’un monde du mal et des ténèbres opposé au monde du bien et de la lumière. Les textes apocalyptiques juifs acclimateront cette idée dans le cadre d’un monothéisme où Dieu ne peut avoir de véritable rival, en plaçant à la tête du royaume du mal une hiérarchie d’anges déchus(cf. 2P 2.4; Jd 6) qui fait face, pour un temps seulement, aux anges restés fidèles à Dieu (voir ange*). Mais l’issue du conflit ne fait pas de doute (cf. Ap 12; 20).

 

Sur cette toile de fond, dont on peut se faire une idée en lisant les Testaments* des Douze patriarches, le livre des Jubilés*ou le livre d’Hénoch*, le Nouveau Testament tranche par sa sobriété, laissant sur leur faim les explorateurs du « monde des esprits ». Jamais il ne propose vraiment d’explication systématique, mythologique ou métaphysique, du mal (cf. Jn 8.44). S’il emploie le vocabulaire démonologique de son milieu et de son temps, c’est avant tout pour témoigner de la victoire décisive que le Christ a remportée par sa vie, sa mort et sa résurrection sur toutes les forces de négation et de perdition qui menacent l’existence humaine, quel que soit le nom qu’on leur donne. L’essentiel, pour reprendre les termes de Paul, c’est que ni mort, ni vie, ni anges, ni principats, ni présent, ni avenir, ni puissances, ni hauteur, ni profondeur, ni aucune autre création ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu en Jésus-Christ, notre Seigneur(Rm 8.38s).

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